Déboutonner la mode ou l’art en miniature

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Le musée des Arts Décoratifs revient avec une nouvelle exposition consacrée à la mode, entièrement centrée sur un objet de toutes les parures : le bouton. L’occasion de découvrir les multiples formes que prend le bouton et son utilisation au cours des siècles, grâce à des pièces allant du XVIIIème à nos jours.

 

Maison Anny Linker, costume tailleur, 1912  © Studio Talbot,Paris, Les Arts Décoratifs

Maison Anny Linker, costume tailleur, 1912
© Studio Talbot,Paris, Les Arts Décoratifs

Les + :

  • Un cadrage original sur un accessoire assez banal, que l’exposition nous permet de redécouvrir comme une prouesse technique et un objet d’art à part entière
  • Des vêtements et accessoires issus de la collection permanente du musée, magnifiquement mis en valeur et exposés malgré la faible luminosité

Les – :

  • Une scénographie un peu déroutante, avec des panneaux placés un peu aléatoirement et des cartels très peu détaillés (on aimerait avoir un peu plus d’informations autre que « Robe » ou « Bouton »)
  • Une dernière partie qui se focalise entièrement sur la haute couture : quid des boutons utilisés au quotidien ?

Note : 4/5 artichauts

 

Attribué à Fragonard, fin du XVIIIe et cadre en verre églomisé, photo Jean Tholances, miniature sur ivoire

Attribué à Fragonard, fin du XVIIIe, cadre en verre églomisé, photo Jean Tholances, miniature sur ivoire

  • Le bouton, reflet d’une époque

Cette exposition nous amène dans l’univers du bouton, en présentant la collection de plus de 3000 pièces, constituée par le fibulanomiste (i.e. collectionneur de bouton) Loïc Allio, nommée œuvre d’intérêt patrimonial majeur par la Commission consultative des Trésors Nationaux. Le bouton, parure au départ exclusivement masculine, s’insère à la fin du XVIIIème dans la garde-robe féminine. L’exposition s’intéresse aux multiples métiers qui ont un rapport avec cet objet singulier : boutonniers, passementiers, orfèvres… Le bouton devient un signe extérieur de richesse, porteur d’une signification sociale : il est parfois plus cher que le vêtement en lui-même !

Hellstern & Sons, vers 1920-1925, chevreau, collection du Musée international de la chaussure

Hellstern & Sons, vers 1920-1925, chevreau,
collection du Musée international de la chaussure

Le bouton se retrouve partout et surtout dans les uniformes militaires, qui inspirent la mode civile à grand renfort de ganses, galons, passementeries et autres boutons assortis. Le XIXème siècle, avec l’avènement de la période industrielle, va développer la production de masse de ce petit objet. Les boutons se font plus petits et sobres, tout en étant plus nombreux, décorant les devants des robes à tournure, des bottines victoriennes ou de la lingerie délicate.

Sur la période du XXème siècle, l’exposition se concentre exclusivement sur la place du bouton dans la haute couture. Les paruriers s’associent aux créateurs pour créer des boutons uniques et originaux. On peut par exemple citer la collaboration prolifique entre Jean Clément et l’excentrique Elsa Schiapparelli, qui conçoivent ensemble des modèles décalés et surdimensionnés.

Elsa Schiaparelli, veste, été 1937, boutons papillons en Rhodoïd peint, Les Arts Décoratifs, collection UFAC © Patrick Gries

Elsa Schiaparelli, veste, été 1937, boutons papillons en Rhodoïd peint, Les Arts Décoratifs, collection UFAC
© Patrick Gries

  • Le bouton, objet dénaturé ?

Ainsi, le bouton est dans cette exposition mis en valeur davantage par son aspect décoratif que son côté utilitaire. Plus qu’un moyen de fermeture, il structure le vêtement, le décore. Véritable art miniature, le bouton inspire de nombreux artistes, et devient tour à tour tableau, bijou, œuvre d’art… Il sert aussi à véhiculer des informations : tantôt message patriotique, politique, ou encore message amoureux… L’exposition nous amène au fil du temps à découvrir ses multiples facettes, souvent étonnantes, mais laisse de côté le côté utile et donc quotidien de cet objet. Qu’en est-il des vêtements populaires et de la fameuse « guerre » des boutons ? Loïc Allio a privilégié la valeur artistique des boutons dans sa collection. Ce parti pris peut expliquer la teneur de l’exposition, au détriment d’une certaine authenticité, ce qui rend l’immersion dans l’histoire de cet objet incomplète.

Toutefois Déboutonner la mode nous permet de voir d’un autre œil une parure que l’on pourrait penser insignifiante. De petite taille, le bouton a un aspect intime, touchant, et l’on ne peut s’empêcher de choisir nos préférés parmi l’immense collection qui s’étale devant nous, comme dans une boîte à trésor trouvée au fond d’un grenier.

Léa Brémond

 

Jusqu’au 19 juillet 2015, ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h, nocturne le jeudi jusque 21h

Les Arts Décoratifs, 107 Rue du Rivoli, 75001 Paris, métro : L7 – Palais Royal – Musée du Louvre.

Entrée : de 8,50 € à 11 €.

01 44 55 57 50 ou lesartsdecoratifs.fr

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