De l’art de faire le bien

LA BONNE AME DU SE-TCHOUAN (Jean BELLORINI) 2013

Après un premier passage aux Ateliers Berthier début 2013, La Bonne-Âme du Se-Tchouan mise en scène par Jean Bellorini revient cette fois-ci au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis pour la première saison en tant que directeur de CDN du jeune metteur en scène. On y retrouve l’univers qui fit son succès, et cela marche toujours aussi bien.

Note : 4 artichauts sur 5

Depagne, tous droits réservés

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L’un des dieux les plus éminents est en route vers le Se-Tchouan nous annonce Wang (François Deblock), l’énergique porteur d’eau. Chaque jour, il le guette à l’entrée de la ville afin de l’intercepter. Ce jour vient enfin, et Wang est au rendez-vous. Lui cherchant un logement, il lui propose la chambre de Shen Té, la prostituée, prête à l’accueillir. Alors que cette dernière raccompagne le Dieu à la lumière de sa lampe au petit matin, il la paye assez pour qu’elle s’offre un débit de tabac et abandonne sa condition. Mais cette bonne âme fait face à une horde de parasites impeccablement interprétée, venue envahir son débit de tabac, et qu’elle ne parvient pas à renvoyer. Les problèmes s’accumulent, les dettes également, et elle doit finalement s’inventer une double-identité en la personne d’un cousin fictif, Shui Ta. L’homme au cœur dur réussit à faire face aux soucis sans entacher la réputation de son alter ego, et fait du petit débit de tabac une affaire florissante. En parallèle, Shen Té rencontre un aviateur sans emploi dont elle tombe éperdument amoureuse, qui finit par contribuer aux soucis financiers de son amante en lui réclamant de l’argent.

Polo Garat-Odessa, tous droits réservés

Polo Garat-Odessa, tous droits réservés

Cette dualité du personnage de Shen Té/Shui Ta, Jean Bellorini la met superbement en lumière. A l’amour passionnel de Shen Té, parfaitement interprétée par Karyll Elgrichi, s’oppose l’amour de la réussite de son cousin. Mais la question est de savoir comment concilier ces deux identités face à la misère qui règne dans le Se-Tchouan. Si Shen Té aide les plus pauvres, elle chute, mais l’intervention en apparence salvatrice de Shui Ta ne réussit qu’à l’enclaver dans une dynamique impossible à tenir. Les pauvres qu’elle tente d’aider se liguent contre elle, traînent le cousin devant la justice et exigent des explications. Et dans cette cour ou le dieu est juge, ce dernier finit par s’en retourner dans son au-delà, ne répondant en rien aux interrogations de sa bonne âme. Impossible de trouver un code de bonne conduite, la Shen Té doit faire selon ce qui lui semble être bon, et c’est là le seul bien, et le seul bonheur qui peut être trouvé au Se-Tchouan. Brecht rejette donc l’idée de divin et de transcendance ; seul l’homme compte, et seul lui peut faire le bonheur de son prochain. Il s’agit juste de réussir à trouver le juste milieu entre soi et l’autre, et c’est là toute la problématique filée dans cette superbe pièce.

Travaillant l’esthétisme de sa scénographie à l’aide de petites ampoules accrochées au plafond, Bellorini réussit à concilier un cadre presque onirique avec un décor métallique, crasseux et industriel, mettant l’ambiguïté de La Bonne-Âme du Se-Tchouan jusqu’au cœur du décor, et ce avec humour et brio.

Bertrand Brie

Du 22 au 25 janvier 2015, Théâtre de Caen
Les 29 et 30 janvier 2015, Scène nationale d’Albi
Les 4 et 5 février 2015, le Carreau, scène nationale de Forbach
Du 11 au 13 février 2015, Théâtre d’Angoulême, scène nationale
Le 17 février 2015, Scène nationale Évreux Louviers
Les 4 et 5 mars 2015, Domaine d’O, Montpellier
Les 10 et 11 mars 2015, Scène nationale de Sète et du bassin de Thau
Les 17 et 18 mars 2015, les Treize Arches, scène conventionnée de Brive-la-Gaillarde>
Les 16 et 17 avril 2015, Centre culturel le Figuier, Argenteuil

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