David Altmejd : Flux

Detail of: The Flux and The Puddle, 2014, Photograph by James Ewing. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

Le musée d’art moderne de Paris accueille du 10 octobre 2014 au 1er février 2015 l’exposition « Flux » de David Almtejd, un jeune sculpteur canadien. Altmejd n’est certes pas très âgé, mais il s’est déjà fait sa place dans l’art contemporain, notamment en représentant le Canada à la Biennale de Venise en 2004. Le musée d’art moderne lui consacre cette rétrospective, ce qui peut paraître ambitieux mais qui se révèle fructueux, l’exposition ne laisse pas le visiteur sur sa faim.

Les plus :

  • Qui connaît David Altmejd ? Pas beaucoup de personnes, moi non plus je ne connaissais pas avant l’exposition. Ça permet de découvrir un nouvel artiste, original qui plus est.
  • L’exposition est bien construite. Le parcours du début de l’exposition paraît intuitif, et logique. On suit des œuvres cohérentes entre elles, on se laisse guider entre des sculptures un peu étranges.
  • La dernière salle, qui contient la construction la plus impressionnante : complexe et intéressante. On ne la comprend pas vraiment mais on peut s’y perdre, par sa taille et la mise en scène de la pièce avec des miroirs sur tous les murs. L’aboutissement de l’exposition. 

Les moins :

  • Je vous le concède quand on voit l’affiche, l’œuvre d’Altmejd paraît un peu hermétique. Et finalement quand on y va il y a beaucoup d’œuvres qui laissent perplexe, et c’est sûrement voulu, mais parfois elles deviennent du coup simplement ennuyantes.
  • Une rétrospective alors que l’artiste est encore très jeune : ça manque de diversité, son œuvre globale n’est pas très étendue. On peut très clairement distinguer 2 types de travaux, qui se retrouvent parfois dans les mêmes œuvres.

Note : 3,5 artichauts (sur 5).

Sarah Altmejd, 2003, Photograph by Lance Brewer. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

Sarah Altmejd, 2003, Photograph by Lance Brewer. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

            L’exposition suit un fil linéaire : David Altmejd le dit lui-même, ce fil est le fil d’une histoire. Mais une histoire qui est accessible entièrement seulement pour le sculpteur semble-t-il. La première œuvre déstabilise : c’est un visage, troué, représentant le néant : une entrée en matière un peu morbide. C’est censé représenter sa sœur (bel esprit de famille).

On arrive ensuite dans une galerie de statues, qui évoluent les unes après les autres. Les « géants » entourent tout d’abord le visiteur, puis ils se transforment en hommes d’argile plus classiques, pour finir en « anges ». Les hommes d’argile (en fait en plâtre) sont les statues les plus touchantes de l’exposition : des sculptures qui se forment elles-mêmes. Les gestes du sculpteur, la trace de ses doigts, restent gravé dans le corps qui se forme, mais surtout la main du sculpteur est figurée. On a donc l’impression d’une matière qui prend forme par elle-même, qui se structure par des mouvements transformant le bloc d’argile en figure humaine, du bas vers le haut.

Detail of: Untitled 8 (Bodybuilders), 2013, Photograph by Kurt Deruyter. © David Altmejd, Image

Detail of: Untitled 8 (Bodybuilders), 2013, Photograph by Kurt Deruyter. © David Altmejd, Image

Cette galerie se conclut sur l’un de ces hommes d’argile, mais présenté à l’envers, les pieds au plafond, et fait d’une matière noire à l’inverse des autres. Pour David Altmejd, cette sculpture symbolise un basculement, et la suite de l’exposition est en effet assez différente.

De sculptures plus classiques, à forme humaine ou presque, on passe à des « constructions » – David préfère parler de construction plutôt que d’installation – moins naturelles. L’artiste utilise du plexiglas pour établir des structures à l’intérieur desquelles il installe et fait jouer différents matériaux. Ces oeuvres sont les plus symboliques de la dualité qui domine l’œuvre d’Altmejd. Ce dernier fait souvent cohabiter dans ses sculptures une forme de désordre, représentée par la chair – humaine ou non -, par le naturel, et une forme d’ordre représentée par les miroirs et plaques de plexiglas, par leur régularité, et qui participe à un effet de lumière et de transparence.

Cette dualité se retrouve dans la totalité de son œuvre : les sculptures, même à forme humaine, contiennent souvent des parties «inhumaines» de miroirs, qui semblent révéler une autre nature sous leur chair.

The Builders, 2005. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

The Builders, 2005. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

De la même manière, dans certaines constructions, les corps de loup garous (oui oui des corps de loup garous, il adore ça en plus) déconstruisent la régularité des miroirs. Dans des constructions plus grandes encore, comme les cages de plexiglas, les éléments présents à l’intérieure de la cage brisent cette froideur par leur désordre, et leur absurdité. Le résultat ne me semble pas toujours parfaitement atteint, mais la dernière salle, qui contient la dernière sculpture, The Flux and the Puddle, est tout de même très impressionnante.

Cette construction a été faite spécialement pour l’exposition. Sa taille est tellement conséquente que l’artiste a dû travailler à l’intérieur de cette « cage » transparente pour finir la sculpture, ce qui créé un effet de construction dans la structure même. On a une régularité de plexiglas, rompue par les éléments qui évoluent à l’intérieur. C’est en fait le moment de l’exposition où l’on comprend vraiment le titre «Flux». A l’intérieur des structures, des flux s’entremêlent, se rejoignent, se croisent, créant un mouvement, plus libre que le cadre froid qui les contient. Mais la cage a du mal a les contenir : le mouvement se créé aussi en dehors de la cage, il ne se limite pas aux frontières du socle et du plexiglas.

L’effet de mouvement est simulé par la répétition. On voit par exemple un bras de loup garou (c’est toujours autant bizarre), qui est répété, copié, plusieurs fois de suite, comme s’il se déplaçait dans l’espace. Cette notion de répétition est d’autant plus présente dans la dernière œuvre qu’elle se trouve dans une salle entourée de miroirs, et donc où tout se répète à l’infini. L’effet est saisissant. Et il participe au fait que le visiteur est débordé par la sculpture, dans laquelle il se perd. Difficile de garder un point de vue extérieur et froid. De loin, on ne peut pas avoir de vue globale, à cause de la complexité de la sculpture : on reste entouré par ses reflets dans les miroirs de la salle. De près, on ne voit que des détails, il faut donc faire plusieurs fois le tour de la construction pour en saisir toutes les subtilités.

The Flux and The Puddle, 2014, Photograph by James Ewing. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

The Flux and The Puddle, 2014, Photograph by James Ewing. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

The Flux and The Puddle, 2014, Photograph by James Ewing. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

Finalement cette exposition laisse assez perplexe. Certaines œuvres semblent un peu fumistes, les loup-garous, et l’idée de trouer un visage, ça paraît carrément abscons. Mais en ressortant de l’exposition on est quand même satisfait : pour les statues plus classiques, pour l’aspect technique des œuvres, très difficiles a réaliser, très minutieuses, et parce que le travail d’Altmejd interroge, et qu’on ne reste pas passif devant ses œuvres.

Et pour ceux qui ne sont toujours pas intéressés, allez-y, c’est sûrement la seule chance de votre vie que vous avez de voir un loup-garou manger des raisins volants. Sinon il y a aussi l’homme-banane.

L’homme-banane, pour tous les curieux (oui il est fait de bananes en résine) :

abcdefghijklmnopqrstuvwxyz, 2013, Photograph by Kurt Deruyter. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

abcdefghijklmnopqrstuvwxyz, 2013, Photograph by Kurt Deruyter. © David Altmejd, Image courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

Paul Lamy, du pôle culture de SPIV.

La page Facebook du Pôle Culture SPIV : https://www.facebook.com/culturespiv?fref=ts

Comments

  1. DOSSIER DE PRESSE

    Suite à l’énorme succès de « Color Birds », qui a attirée plus de 2000 visiteurs, François Mouillard organise en 2015 une toute nouvelle exposition : EXOSPHERE.

    L’artiste vous invite cette fois dans un univers oscillant entre réalité et imaginaire, un voyage entre la Terre et la lune.

    Une fois de plus c’est dans un décor lumineux, futuriste et moderne que l’artiste vous accueillera du 2 au 9 juillet 2015 au tribunal de commerce de Saint-Valéry sur Somme.

    A cette occasion, un court métrage sera réalisé par la société Movie Moon et mis en ligne dès le 1er septembre 2015.

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