Dans mes Oreilles #4 : M.I.A. la mauvaise fille

Matangi

Le quatrième album de Mathangi « Maya » Arulpragasam, alias M.I.A., ne s’adresse très certainement pas aux migraineux, ni aux épileptiques à en croire le clip du single Y.A.L.A. sorti il y a quelques jours. La grande prêtresse électro n’a rien perdu de sa magie noire, et crache sur « Matangi » son venin tapageur entre sifflets orientaux et basses saturées.  

« Matangi » est une furie assénée sous la forme d’un flow calibré, qui mitraille des interjections à la pelle. Le propos est martelé, lourdement, nerveusement, avec une rage nonchalante (Warriors, Bring The Noize). La recette est jusque-là assez classique somme toute. Mais la nouveauté réside peut-être dans des moments plus spirituels et sensuels qui adoucissent la formule habituelle (Come Walk With Me, Exodus). Certains pourront regretter ces entorses à une noirceur violente qui est normalement la marque de fabrique de M.I.A. ; d’autres se réjouiront de ces pauses, plus tendres et accessibles. Ce quatrième opus rappelle par instants « Kala », sorti en 2007. Mais ne nous trompons pas, M.I.A. n’est pas à la recherche d’un nouveau Paper Planes, le single qui l’a faite sortir des milieux indépendants qui grouillent sous vos pieds.

Guerrière qui virevolte entre ragga et house, M.I.A promet de nous faire rencontrer notre karma, nous scande une transe compulsive et hypnotique. « Matangi » est une invitation à un « sexode » – sorte d’exode sexuel à base de swag sous les draps (quoique le concept reste assez flou) – et nul doute qu’elle est en position de dominatrice. Par moments, l’envie n’est pas loin de s’essayer au booty-shake, de revisiter les quelques pas de kuduro appris au cours d’une soirée tropicale au camping municipal du Guilvinec (Double Bubble Trouble). A mi-parcours, Bad Girls, titre qui tourne maintenant depuis plus d’un an (et dont le clip, réalisé par Romain Gavras, est un des plus incroyables du XXIème siècle) arrive finalement à point nommé, et donne la pleine mesure du talent de M.I.A.

M.I.A. jouit de toute façon d’une position assez unique dans le paysage musical actuel. Maniant la provocation avec tellement plus d’intelligence que ses contemporaines (oui, Miley, tu m’as entendu), artiste complète qui touche aux arts visuels et milite régulièrement pour diverses causes politiques, M.I.A. opère un syncrétisme audacieux entre bling-bling et spiritualité. Dans une interview au site américain Pitchfork, M.I.A. déclarait : « Mes références sont au-delà de l’industrie. L’industrie musicale a été inventé il y a une centaine d’années. Moi je parle de la déesse Matangi qui a inventé la musique il y a 5000 ans. » Intègre et libre, M.I.A. poursuit donc sa route résolument hors des sentiers tout-tracés-tout-jolis de l’industrie musicale, à qui elle adresse un doigt d’honneur vernis de doré.

Et avouons-le, on préfère de loin le Y.A.L.A. (You Always Live Again) de M.I.A. au Y.O.L.O. (You Only Live Once) de Drake. Soit une bataille idéologique à base d’acronymes un peu casse-têtes.

 

LHT.

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