Danger des sens dans la Fever Room

fever_room_04

Le cinéaste Apitchapong Weerasethakul propose pour la première fois une installation-performance. Invité par Nanterre Amandiers, il s’est installé, l’espace d’une semaine, sur le plateau de la grande salle. Utilisant toujours le même medium , le film, nous étions curieux de voir la différence qu’il apporterait par rapport à son travail habituel. En résulte une performance d’une beauté hypnotisante.

Alors que tous les spectateurs sont assis sur la scène où, un mois auparavant, se jouait Ca Ira de Joël Pommerat, plongés dans une obscurité traversée de quelques rais de lumière, Fever Room commence. Un grand écran descend d’abord, puis un autre, juste au-dessus, puis deux autres, de chaque côté de l’assistance. Chacun ouvre un point de vue différent, et donne corps au système son placé tout autour de nous, nous plongeant ainsi complètement dans la Thaïlande du réalisateur. Quelques images de scènes quotidiennes, répétées de deux points de vue différents, un voyage en bateau, puis l’exploration d’une caverne. On décèle que Weersethakul tâche d’explorer le rapport à la lumière, entre l’homme qui explore cette caverne et va au fil de la lumière de sa lampe, puis allume ce qui semble être de l’encens dans une cavité à l’aide d’un briquet ; et un homme sur le bord de la rivière qui tente de lancer des signaux lumineux au bateau.

fever_room_01

Après une quarantaine de minutes, les écrans se lèvent, et le rideau de salle s’ouvre alors. L’obscurité est plus brumeuse enfumée, zébrée de lumières épileptiques ; tout autour résonne le bruit d’une tempête accompagnée d’une pluie battante. Pendant que nous faisons face aux sièges vides, la fumée continue à affluer et un grand projecteur s’enclenche. Difficile de décrire l’expérience qui s’ensuit ; la réalité semble déformée, on perd toute notion d’espace, complètement mystifié. En sortant, l’impression d’avoir assisté à un moment hors du temps, exceptionnellement beau. Dans ce noir, nous étions transportés au beau milieu d’un autre monde, happés par ces lumières qui nous égarent. Fever Room fait partie de ces spectacles qu’il ne vaut mieux pas analyser sous peine de se noyer dans le sens. Laissons donc ce moment d’errance sensorielle vierge de toute interprétation, et gardons la trace de cette expérience quasi-mystique qui en aura marqué plus d’un.

Bertrand Brie

Crédits photo: Kick the machine films

Leave a Reply