Dali fait le mur

Arnaud Rabier Nowart, Dalí fait le mur, 2014,
aérosol marqueur/mixte, 116x89cm
©Espace Dalí

Le musée Dali de Montmartre organise entre jusqu’au 15 mars 2015, une exposition se proposant d’interroger la relation que les street-artistes entretiennent avec le « Roi de Montmartre » Salvador Dali et son œuvre. L’exposition propose de croiser les œuvres de Dali, par thématique, avec celles des street-artistes. Une exposition agréable, mais qui réussit bien plus grâce à la qualité de ses œuvres que grâce à sa problématisation.

Les plus : 

  • Des œuvres de Dali moins célèbres que celles des musées espagnoles; mais tout aussi superbes. Le « génie » est bien là, surtout en sculpture. 
  • Un côté “ludique” plutôt intéressant
  • Une exposition assez courte, peu fatigante et qui permet de revenir avec plaisir sur ses pas. 
  • Une très belle œuvre de light-painting.

Les moins : 

  • Des œuvres de street-art inégales en qualité
  • Des street-artistes qui travaillent quasiment uniquement sur des toiles (parti pris de la commissaire d’exposition). La rue manqude visibilité et de représentation. On aurait aimé quelques photos d’œuvres réalisées dans la rue !
  • On a parfois du mal à comprendre où l’exposition veut en venir.
Note : 3,5 artichauts sur 5
Jérôme Mesnager, La charge des éléphants surréalistes, 2014, acrylique sur toile, 98x145cm ©Espace Dalí

Jérôme Mesnager, La charge des éléphants
surréalistes, 2014, acrylique sur toile, 98x145cm
©Espace Dalí

« Faire le mur », Dali sait le faire. Il l’a déjà fait à Paris et à New York. Faire de l’art dans la rue, aller dans la rue pour montrer son art, c’est pour Dali chercher sa célébrité. Cela veut dire aussi sortir l’art de ses galeries et l’exposer au plus grand nombre. Montmartre aussi, Dali connaît. Il a même été proclamé « Roi de Montmartre » par certains excentriques qui peuplaient alors Montmartre. C’est à Montmartre que Dali présenta, dans la rue (Place Jean-Baptiste Clément), son projet d’illustrer le Don Quichotte de Cervantès à l’aide de cornes de rhinocéros. La rue, c’est le lien qu’utilise le musée pour cette exposition. C’est donc vers le street-art que l’exposition se propose de se tourner, en invitant 20 street-artistes et en leur donnant carte blanche sur la réalisation de leurs œuvres, qui revisitent Dali. Les artistes utilisent les symboliques et l’esthétique daliniennes et le résultat est excellent: leurs œuvres sont drôles, oniriques, métaphysiques, délirantes… Les street-artistes s’approprient les caractéristiques du surréalisme, les associent à leurs techniques artistiques et thématiques personnelles, et on savoure réellement.

Les premiers pas dans la grande et unique salle d’exposition sont plutôt déconcertants. On ne sait pas très bien par où commencer. L’exposition prend les choses en main, guide et propose au visiteur une petite expérience d’anamorphose. En se plaçant à des endroits bien précis et en suivant du regard des lignes tracées sur les murs, on découvre des angles de vue entre différentes œuvresde manière ludique et parfois surprenante. L’anamorphose permet au visiteur de trouver des liens entre les œuvres de Dali et celles des street-artistes. Les plus belles œuvres de Dali présentes dans l’exposition sont surtout ses sculptures à la puissance poétique impressionnante. Alice, évidemment. Mais aussi ses fameuses montres mollesL’éléphant-cygne est aussi superbe de finesse, et d’évocation poétique

Speedy Graphito, Dans l ‘OEil de Dalí, 2014, 120x120 cm ©Speedy Graphito

Speedy Graphito, Dans l ‘OEil de Dalí, 2014,
120×120 cm ©Speedy Graphito

L’exposition est donc thématique. On ne cesse d’alterner entre Dali et les street-artistes, avec d’abord les grandes symboliques daliniennes : l’éléphant ; l’araignée ; la baguette de pain ; l’horloge ; Alice. Ensuite, c’est le Dali fasciné par le catholicisme et la figure de Jésus que les street-artistes évoquent dans leurs œuvres. C’est d’ailleurs cette partie de l’exposition qui contient les plus belles œuvres de DaliLa vision de l’Ange, ou le Christ portant sa croixsont sublimes. Enfin, c’est Dali dans ses références à d’autres artistes que les street-artistes abordent dans leurs œuvres. 

Paella, Rencontre au Sommet, 2014, huile sur toile, 170x110cm ©Espace Dalí

Paella, Rencontre au Sommet, 2014,
huile sur toile, 170x110cm ©Espace Dalí

Dans les symboliques et les thématiques développées, l’exposition réussit sans faille. Les œuvres sont superbes, les street-artistes sont excellents. Mais l’exposition révèle aussi que chaque artiste présente une relation singulière avec ce grand monsieur moustachu. Toutefois, cette révélation est très peu développée dans l’exposition, et on aurait pourtant aimé connaître plus en détails ce que chaque artiste pense de Dali et quelles influences il a sur leur travail. Malheureusement, le musée se fait un peu Avida Dollars sur le coup, et développe cette idée dans le livre de l’exposition, avec des interviews ou des petites saynètes écrites par les artistes eux-mêmes. Quand on sait que le sous-titre de l’exposition est « Dali et les street artistes », il est dommage que l’exposition elle-même n’accorde pas de place à l’explication par les street-artistes du rapport qu’ils entretiennent avec Salvador. Car l’art de Dali peut certes être éloigné de l’artiste lui-même, mais jeter un pont entre l’artiste et son œuvre constitue, pour le cas de Dali, une richesse certaine. Les puissantes peurs et névroses de Dali, qui le poursuivent souvent dans ses rêves, sont projetées avec autant de force dans son art. Rapprocher la personnalité du street-artiste de son œuvre pourrait alors être bénéfique et constitue un réel manque dans cette exposition. On se console en lisant toutes les citations de Dali présentes sur le mur de l’escalier de fin d’exposition et en saluant l’hommage que les artistes de rue rendent au génie de Dali. 

Vassili Sztil, du Pôle Culture de SPIV. 

La page du Pôle Culture : https://www.facebook.com/culturespiv

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