Dada Africa, sources et influences extra-occidentales

 

Le Musée de l’Orangerie présente jusqu’au 19 février 2018, « Dada Africa » coorganisée par le Museum Rietberg de Zurich et la Berlinische Galerie.

Dans l’espace restreint de son sous-sol, le musée nous dévoile une bulle temporelle sur la « confrontation des dadaïstes avec les arts extra-occidentaux ».

Cette dernière confirme la nouvelle dynamique du Musée de l’Orangerie qui depuis deux ans se fait remarquer par des expositions pointues et fournies en prêts de qualité.

Si l’exposition déjà présentée au Rietberg Museum en 2016 avait reçu un accueil mitigé, elle est ici considérablement augmentée à la fois en œuvres dadaïstes et africaines, soulignant entre autres la place de Paris dans l’histoire du mouvement dada.

En effet le parcours chronologique nous fait traverser la décennie de succès européen puis mondial du mouvement. Il naît symboliquement avec l’ouverture du Cabaret Voltaire (Zurich) par Hugo Ball, le 5 février 1916 en pleine Première Guerre mondiale. Il sera vite rejoint par une génération d’artistes et de poètes cosmopolites comme Tristan Tzara, Jean Arp, Sophie Taeuber-Arp ou encore Marcel Janco.

Le monde dada se cristallise alors autour de fêtes chaotiques, les “soirées nègres” où musiques, danses et poésies rappellent les rythmes rituels d’une Afrique mythifiée.

Cet intérêt pour le primitivisme est en réalité le prolongement intellectuel d’une trajectoire artistique européenne commencée avec les cubistes et le groupe Die Brücke.
La véritable rupture des dadas se trouve dans leur esprit : un fracas moqueur, absurde et contestataire qui s’essaie à tous les moyens plastiques.

C’est sans doute de ce souffle que la scénographie moderne et très travaillée de l’exposition tire son inspiration.

On poursuit ensuite l’exposition avec la diffusion du mouvement dada dans les différentes capitales culturelles mondiales, New York, Paris et Berlin.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que dès 1917 à la galerie Corray (Zurich) des œuvres dadaïstes ont été exposées avec des statues africaines. Cette tendance à la « négrophilie » dadaïste est encouragée par les artistes et le public parisiens puis new yorkais, avides d’une statuaire africaine de plus en plus soignée.

Statuette magique nkisi nkondi, Vili, Loango, avant 1892, Bois, alliages ferreux, alliages cuivreux, verre, textile, fibres végétales, pigments, résine, matières organiques, 63,5 × 38 × 34 cm Paris, musée du Quai Branly-Jacques Chirac, don de Joseph Cholet© musée du quai Branly ‒ Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

 

Le mouvement dada s’éteint au milieu des années 1920 supplanté par les surréalistes qui reprendront d’ailleurs cette pratique de l’appropriation d’objets.

En effet il ne faut pas s’y tromper, ici, il est bien question d’appropriation plus que d’échange. « L’art nègre » ou le primitivisme sont avant tout des outils de subversion -pour l’époque- et de réinterprétation.

Par exemple les masques de Janco ou les compositions de Sophie Taeuber-Arp s’inspirent des arts africains, mais s’en éloignent grandement par le grotesque pour le premier et les couleurs pour la seconde.

Sophie Taeuber-Arp (1889-1943), Motifs abstraits (masques), 1917, Gouache sur papier 34 x 24cm, Stiftung Arp e.V., Rolandswerth/Berlin © Stiftung Arp e.V., Berlin / Rolandswerth. Wolfgang Morell

Ce qui intéresse les dadaïstes comme les cubistes avant eux, c’est l’Afrique rêvée des fétiches et des statuettes primitives ; tout comme le harem ou le désert pour les romantiques orientalistes du XIXème siècle.

L’exposition est donc une réflexion séduisante sur les racines de l’esthétique dada et la multiplication de ses supports : peintures, sculptures, photocollages, danses, poèmes bruitistes, tapisseries, etc.

Les + : Une scénographie colorée et novatrice qui met en valeur de très belles pièce.

Les – : Difficile de faire rimer le fafelu et bruyant dada avec la force sage et silencieuse des arts primitifs, d’où des comparaisons parfois peu convaincantes.

Site internet du musée : www.musee-orangerie.fr
Adresse : Musée de l’Orangerie, 60 quai des Tuileries, Paris 1er.
Ouvert du mercredi au lundi de 9 heures à 18 heures.
Tarifs : Plein 9€, Réduit 6,50 €.

A noter :
Deux artistes contemporains sont exposés en écho à « Dada Africa » dans une salle attenante.
– Athi-Patra Ruga, performeur Sud-Africain présente une réflexion sur l’origine géographique et l’identité.
– Otobong Nkanga, artiste nigériane vivant en France, présente un univers esthétique et rêveur qui nous interroge sur la relativité de la valeur données aux ressources naturelles.

Maximin Cousy Barbereau

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