Crimes et Châtiments : les séries documentaires toujours plus nombreuses.

Les séries documentaires existent depuis la naissance même de la télé, sous genres très différents : les émissions de cuisine ou traitant d’Histoire et les télé-réalités sont d’une certaine manière des séries documentaires. Mais leurs impacts ne sont pas les mêmes que de véritables film documentaire à but informatif. On voit apparaitre une recrudescence de ce genre de film, très long, séparés en plusieurs épisodes. Petite réflexion sur cette tendance.

Netflix (encore et toujours) avait fait sensation avec Making a Murderer, et a popularisé le phénomène. D’abord le fait divers s’y prêtait bien. Un homme qui passe 18 ans de sa vie en prison pour un crime qu’il n’a pas commis, décide d’attaquer en justice les personnes chargées du dossier, jusqu’à ce qu’une autre affaire d’agression sexuelle face surface. Côté radio, Serial avait réinventé un genre d’émission connu des années 50, mais son succès ne dépassait pas vraiment l’Atlantique. Making a Murderer a subjugué la critique internationale en jouant sur le format de la série policière et du documentaire. La réalisation adopte les codes des séries classiques à tel point que les frontières entre la fiction et la non fiction se brouillent presque. Making a Murderer (dans le même genre The Keeper), intègre des évènements particuliers et des rebondissements à chaque épisode. Les cliffhangers rendent accros et personne ne s’arrête à un seul épisode. Mais chaque événement est réel et c’est ce qui rend peut-être la chose plus additive.

La plupart des séries documentaires proposent un mode d’observation. C’est-à-dire que le réalisateur.rice est une « mouche sur un mur », il/elle ne fait qu’observer sans intervenir. De même, il n’y a pas de narrateur.rice. C’est aux protagonistes de raconter l’histoire avec leurs témoignages. Le spectateur.rice se plonge entièrement dans le récit sans interruption de la part d’un tier qu’il pourrait juger trop personnelle. C’est lui/elle (c’est du moins ce qu’il/elle pense) qui forme sa réflexion sur l’affaire. C’est peut-être pour ça que les séries documentaires ont tant de succès. 

Il faut dire que les crimes et faits divers ont toujours fasciné le grand public. C’est d’ailleurs le sujet de la série documentaire de l’Australienne Kitty Green. Casting JonBenets se penche sur cette obsession qu’ont les gens avec les affaires de crimes. Jon Benets était une mini miss de 6 ans, retrouvée étranglée et frappée à mort le 26 décembre 1996 dans la cave de ses parents à Boulder au Colorado. Casting JonBenets est presque une expérience sociale. Plus de 200 personnes vivant dans le même village que la petite fille, passent un faux casting pour le rôle des protagonistes du fait divers. Ils et elles se mettent dans la peau des personnages, tout en y allant de leur théorie et de leur un point de vue personnel sur le drame. Kitty Green ne prétend pas résoudre l’affaire mais interroge sur la fascination pour les faits divers et le voyeurisme des spectateurs.rices.

Puis il y a American Vandal.

Bien évidemment les genres sont toujours remis en question ou moqués. Par exemple, la rentrée 2017 de Netflix est marquée par le succès de American Vandal, une série qui parodie subtilement Making a Murderer. Très fort, Netflix crée une satire pour s’adresser à ceux qui adore ce genre, et ceux qui en ont ras-le-bol. Dans un lycée des Etats-Unis, 27 pénis ont été tagués sur les voitures des professeurs. Le clown du lycée, Dylan Maxwell, du fait de sa réputation, est vite accusé et expulsé mais clame son innocence. Un élève enquête sur l’affaire : « Peur, trahison, corruption, mensonge, vérité, bite » les titres se succèdent dans la bande-annonce pour créer la même atmosphère de mystère et de révélation des autres séries du genre. Ça peut sembler ridicule mais, comme toute bonne satire, les blagues sont implicites. La série reprend très bien les codes de la série documentaire ; le jeu des acteurs est tellement bon qu’on y croit. Et il y a même un message sur les préjugés et la justice.

Autres styles

Les documentaires qui adoptent vraiment le format de série classique fonctionne peut-être plus facilement avec les histoires policières ou les événements historiques.  Un pitch, dix épisodes de 45 ou 60 min et nous voilà accros. D’autres séries documentaires sont des anthologies, également très intéressante. On peut citer Hot Girls Wanted, Turned  On se base sur un thème (respectivement ici l’impact des nouvelles technologies sur la consommation du sexe), en suivant un sujet différent à chaque épisode et essaie de réouvrir le débat sur la pornographie, la consommation du sexe et la place des femmes dans ce domaine.

Mais pourquoi en faire des séries plutôt qu’un film documentaire ? Parce que 120 min ce n’est pas suffisant pour explorer un sujet si complexe. (The Vietnam War dure 18 heures donc … bon visionnage)

Autres recommandations :

  • The Keepers : La série traite du meurtre, non résolu, de sœur Cathy Cesnik qui enseignait dans les années 60 l’anglais et le théâtre à la Seton Keough High School dans la ville de Baltimore, Maryland, aux États-Unis. Plus précisément, elle présente le point de vue de certains de ses anciens étudiants qui pensent que les autorités ont couvert son meurtre parce que Cesnik suspectait le prêtre de l’école, A. Joseph Maskell, d’avoir été l’auteur d’abus sexuels. La série est très complexe, est contrairement à Making a Murderer qui se plaçait du côté des présumés coupables, the Keeper donne avant tout la parole aux victimes
  • The confession tape : Un regard critique sur certains cas de crimes réels où les forces de l’ordre américaines ont compensé le manque de preuves matérielles en utilisant des tactiques psychologiques douteuses lors des interrogatoires afin d’extraire des aveux des suspects naïfs
  • The Vietnam War : Un documentaire fort qui se voulait être l’évènement culturel de la rentrée. La guerre du Vietnam est l’un des événements les plus conséquents, divisifs et controversés de l’histoire américaine. Viscérale et immersive, explorant les dimensions humaines de la guerre par le témoignage révélateur de près de 80 témoins.
  • Five came back : Un documentaire en trois parties, consacré à cinq réalisateurs (Frank Capra, John Ford, John Huston, George Stevens et William Wyler) qui servirent dans les forces armées américaines pour filmer la seconde guerre mondiale. Entre réalité et propagande, le documentaire de Laurent Bouzereau revient sur le rôle d’Hollywood en tant qu’arme de guerre.
  • Hot girl wanted : Turn on : l’exploration de l’intersection du sexe et de la technologie est racontée à travers les histoires des personnes dont les vies sont définies par l’explosion actuelle du porno sur Internet, qu’elles le créent, les consomment ou les deux.

 

Pauline Blanc

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