Courez vous délecter du cocktail Dromesko!

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Vite, partez, partez loin avec le théâtre Dromesko. Laissez-vous happer par leur univers délirant, immensément inventif et d’une sombre poésie. Ici, la critique piquante du politique côtoie la danse et la musique talentueusement interprétées. Mais il peut aussi arriver que des animaux surgissent, soudain, comme ce cochon qui traverse la salle en déroulant de son museau un long tapis rouge. Le Jour du Grand jour est une superbe chorégraphie qui ne laisse pas au spectateur le temps de souffler, tour à tour hilare, happé par les merveilles du Dromesko ou surpris par leurs géniaux procédés scéniques. La grande habileté du spectacle est de proposer un monde qui nous emporte loin, bien loin de nos réalités si grises, mais sans jamais les oublier tout à fait, en se jouant d’elles et en les ironisant. Un premier grand éclat de rire secoue la salle lorsque le personnage du maire, qui ouvre le spectacle, ( et dont l’inconséquence et le cynisme sont parfaitement joués par Guillaume Durieux) lance : « Marie-Claire ! Où sont mes notes pour les noms des ronds-points ? On était resté sur quoi finalement, Marion Maréchal-Le Pen ou Olivier Py ? » Les premières scènes du Jour du Grand Jour relèvent d’un absurde délicieux, mettant en scène l’inauguration par le conseil municipal d’une yourte encensée pompeusement comme le nouveau joyaux de la culture  régionale – on sent la critique mordante du tournant « terroir » que prend parfois la valorisation de la culture au niveau local, notamment sous l’égide d’un certain parti d’extrême droite.  Bientôt, cette fantaisie délirante du verbe se transforme en danses et en de superbes tableaux, comme celui où des danseurs étreignent des mannequins, dans une chorégraphie un peu macabre ; alliance du mouvement et de l’inanimé figurant la fragile frontière entre vie et mort. L’accordéon, le violoncelle et le doux chant mélancolique de Lily contribuent à notre voyage vers des terres nouvelles. Enfin, après plusieurs scènes fulgurantes et d’une noire poésie, le spectacle se clôt sur l’invitation des acteurs qui, entre deux saluts, nous convient au « banquet » trônant au milieu de la scène. Un verre de vin et une grande chouquette salée dans la main, j’observai ainsi les artistes du Dromesko discuter et échanger avec les spectateurs. Soudain, une dame assise sur une chaise près de la scène, me sourit. Elle s’appelle Thérèse, et me confie que les créations du Théâtre Dromesko sont ce qui lui permet de retrouver un sens en ce monde si triste, si pessimiste. Et Thérèse a raison. Le Jour du Grand Jour est une respiration, une lueur et un espoir, non seulement par la beauté de l’imaginaire qu’il propose, mais aussi par la réalité du talent, la chaleur de ce moment final de partage. Alors courez découvrir ce mélange composite, entre musique et cirque, théâtre et danse… Homme et animal. Un spectacle à la croisée des arts et des générations, explosion de vie dont la mort n’est jamais absente. Courez-vous délecter du cocktail Dromesko.

Pour un bref aperçu…

Le Jour du Grand Jour par la compagnie du Théâtre Dromesko joue du 15 au 30 janvier au théâtre Sylvia Monforts.

Marianne Martin

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