Comment lutter contre le bon gros relou du cinéma français?

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La soirée avait pourtant bien commencé.

 

T’avais décidé de prendre une pinte dans un verre à la propreté douteuse à 3 euros dans ce petit bar trop cool de Pigalle où la plupart des gens sont plutôt des habitués de PMU que des mecs qui fréquentent la Concrete. T’avais invité Jean-Christophe, Sylvie, Nath’, Patou et même Laurent, de quoi bien se marrer. Somme toute, une soirée pleine de promesses.

 

Jusqu’à ce que Sylvie se ramène avec son pote Armand, qu’elle avait rencontré deux mois plus tôt sous un abribus en Pologne pendant sa période « road-trip ouverture sur le monde – j’écoute Zaz à fond dans mon casque Beat de Dr.Dre ».

 

Seulement, Armand fait partie de ce groupe de personnes qu’on peut qualifier de bon gros relou du cinéma français.

 

 

Reconnaître le bon gros relou du cinéma français en 3 étapes :

 

 

  • Le physique : c’est toujours un grand maigre brun ténébreux avec un chapeau de merde à la Jason Mraz ou un bonnet en laine vierge acheté chez Colette pour la modique somme de 120 euros. Bref, t’as déjà envie de vomir rien qu’en le voyant, surtout quand il arbore une moue boudeuse toute la soirée parce qu’il est vraiment trop torturé comme mec. Il pense à plein de trucs pendant que toi tu fais un calcul prévisionnel pour savoir combien tu pourras te payer de bières avant la fin de l’happy hour.

  • La démarche : nonchalante. Le mec que t’as envie de pousser dans les escaliers de la 2 pour qu’il aille s’exploser tout droit dans la chanteuse de ballades traditionnelles chinoises. Histoire de faire d’une pierre deux coups.

  • Le discours : Dieu seul sait que tu aimes le cinéma. T’as pris ta carte UGC illimité depuis des lustres et tu te gaves de blockbusters comme de petits films pas trop connus mais bien cools quand même. Lui, il s’assied et dit qu’il vient de voir « une petite perle indé » à la Pagode, un « réal’ kurde vraiment doué » et il faut absolument que tu aille le voir sinon il te considèrera à jamais comme une grosse merde inculte. Il prend un air mi-consterné mi-outré en roulant des yeux en disant « Attends mais tu l’as pas vu ? La honte, ce film c’est du génie » en parlant du dernier Wes Anderson.

 

 

C’est le moment de résister comme un roc à toutes les envies de coups de Chevrotine qui vont te passer par ta tête manifestement inculte.

 

 

Lutter contre le bon gros relou du cinéma français en 4 leçons :

 

 

  • Grâce à ses caractéristiques physiques et avant même qu’il n’ait pu ouvrir la bouche, tu as su le repérer. Ne te lance pas sur une pente savonneuse en abordant le sujet « cinéma ». Bannis-le pour la soirée. Même si t’as trop envie de dire que t’as vu un truc sympa mais pas trop au MK2 Bibliothèque. Il va rebondir et ce sera fini.

  • Si par malheur cette précaution ne l’empêche pas de te faire une analyse à la François Bégaudeau dans le Cercle (pour rappel : émission culturelle de merde sur Canal +, présentée par le grand manitou des bons gros relous parisiens Frédéric Beigbeder, et présentant les films de la semaine. Pour info, ils ont kiffé Spring Breakers, CQFD), prends le à son propre jeu. Passe pour la grosse merde que tu es en lui disant à quel point t’as trouvé que Twilight était un chef d’oeuvre et que la prestation de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises était « du génie ». L’idée, c’est de le désespérer tellement qu’il n’aura même plus envie de te parler. Cale-toi à un niveau bien en dessous et n’hésite pas à être bien lourd en citant Cineman ou Sur la piste du Marsupilami par exemple.

  • Si tu te sens d’attaque pour un challenge, fais comme si tu étais plus fort que lui; dommage, il est tombé sur une pointure. Ca demande un peu de préparation par contre : rédige une liste de tous les titres que des films indé pourraient avoir, genre « Marianne et les garçons », ou même mieux dans des langues inconnues pour qu’il ne puisse pas aller vérifier sur son smartphone de connard. Bombarde le de tes références fictives en prenant un air consterné quand il avouera ne pas les avoir vus. Ca peut même tourner très drôle s’il acquiesce docilement et te « rejoins totalement sur ce point » quand tu parles d’un film yougoslave qui n’existe pas.

    Il s’avouera vite vaincu par ton talent et laissera tomber son analyse de stagiaire aux Cahiers du Cinéma.

  • Dire du mal de Citizen Kane. S’il s’étouffe dans sa bière à 3 balles, c’est gagné.

 

 

A vous de jouer !

 

Jocelyne.

 

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