Polanski pousse la chansonnette

648x415_bal-vampires

Dimanche dernier, j’ai pu aller voir l’avant première du Bal des vampires, nouvelle comédie musicale au théâtre Mogador, mise en scène par Roman Polanski. Le réalisateur a en effet lui-même adapté son film de 1967 du même nom. Ce théâtre est un peu la référence du genre, puisque chaque année il présente une nouvelle comédie. On a pu par exemple y voir Mama Mia, Sister Act ou La Belle et la Bête plus récemment, avant Le bal des vampires. Mais justement, après de telles références, le nouveau bébé de Polanski est-il à la hauteur ?

La première force de ces mastodontes est la renommé de leur répertoire musicale : en effet, qui ne se met pas à fredonner les refrains du groupe ABBA lorsqu’il entend les premières notes de ses chansons ? C’est là le principal défi du Bal des vampires : convaincre un public qui ne sait rien de son univers. Mais on ne part pas de rien non plus : le thème principal est une reprise de Total Eclipse Of The Heart de Bonnie Tyler. Le mélange fonctionne donc et on se laisse porter par les musiques de la pièce en général, même si il est parfois difficile de discerner les paroles dans les chansons de groupe. Dans l’ensemble, on aime. Côté performance sonore, les deux jeunes amoureux et le chef des vampires sont la clé de voute scénaristique mais aussi vocale de l’ensemble. Leurs épaules sont taillées pour assumer cette charge et ils dégagent une certaine assurance (oui, ça n’arrive pas toujours, surtout en sortant des répétitions). Difficile d’en dire autant des seconds rôles, qui ne permettent pas de rendre le tout exceptionnel, au mieux passable. Heureusement, l’orchestre live permet de cimenter le tout et qui nous immerge le spectacle.

Mais la force du Bal des Vampires ne réside pas dans ses performances vocales, bien qu’elles soient tout à fait correctes. Parlons déjà du scénario : celui-ci est mature et les bases sont dès le début très bien posées :

« Dans un petit village, dont les habitants sont terrifiés par une étrange présence, Sarah, la fille de l’aubergiste, est soudainement enlevée. Alfred, transi d’amour pour elle, et le professeur Abronsius partent à sa recherche. Elle est retenue au château du terrifiant Comte Von Krolock dont les deux voyageurs parviennent à retrouver la trace. Mais ils découvrent vite que le château abrite des buveurs de sang. Les vampires sortent de leurs tombes, le bal peut commencer… » (extrait du site officiel)

Certains regretterons que la deuxième partie manque de rebondissement. Deux parties, c’est justement le propos de cette comédie musicale : la première moitié et la seconde sont radicalement différentes ! En effet, si la première heure et quart est centrée sur les amoureux, leurs réflexions et leurs peurs, la seconde est beaucoup plus visuelle et centrée sur l’univers des vampires.

Le fer de lance de la pièce est justement la façon d’exploiter ces deux parties. Des chorégraphies magistrales agrémentent l’ensemble et feront rougir l’émission Danse avec les stars. Une armée de figurants est aussi présente ; vos yeux n’auront pas une seconde de répits devant la richesse du travail qui vous est présenté. Plus forts encore, ce sont les décors et les costumes qui portent littéralement l’ensemble de l’œuvre. Des pièces mobiles massives permettent de planter le cadre du scénario. Dans la première partie, une impressionnante auberge mobile est au centre de tout et pivote pour s’adapter à l’histoire. Dans la seconde moitié, donc dans l’univers des vampires, des tombes ainsi que des piliers géants descendent du plafond, et un escalier en colimaçon est au centre de la moitié des scènes. Et justement cet escalier, il pèse… 6,5 tonnes. Se pose alors le problème majeur du Bal des vampires : la troupe ne pourra pas se produire en dehors du théâtre Mogador en ce qui concerne la France. Les décors, surtout cet escalier et la maison rotative, sont impossibles à déplacer dans un autre endroit.

Le bal des vampires est donc ovni du genre, mais aussi unique puisque seulement visible au Mogador. Courrez-y vite, ou le phénomène se finira avant même que l’ayez vu passer.

Etienne Delègue

Leave a Reply