Classe d’inclusion – Ivan I. Tverdovsky

afficheclasse

Classe d’inclusion de Ivan I. Tverdovsky
5 / 5 Artichauts

Classe d’inclusion est le premier long métrage du jeune et prometteur réalisateur Ivan I. Tverdovsky. Il relate l’arrivée d’une adolescente en fauteuil roulant dans ce que l’on appele une « classe d’inclusion ». Celle-ci regroupe des adolescents atteints de différents troubles physiques et mentaux. Si la jeune fille s’intègre plutôt bien au début en trouvant un groupe d’amis en apparence soudé et tolérant, elle va vite, en même temps qu’elle découvre l’amour, faire l’expérience de la jalousie, de la trahison et de la violence d’un monde dont elle avait jusque là été préservée.

C’est un film très dur auquel nous avons affaire. Il dépeint un monde absolument cruel, dans lequel il n’y a ni bons ni mauvais, échappant aux clichés selon lesquels les handicapés seraient tolérants envers les autres handicapés par exemple. Dans lequel aussi chaque geste d’amour est toujours violemment stoppé. En effet, durant tout le film, deux adolescents ne demandent qu’à s’aimer, tendrement, dans la pureté, et leurs actions sont à chaque fois coupées par l’intervention d’un adulte. Les adultes, ici, refusent le dialogue, réagissent parfois comme des enfants, et ne sont pas capables de gérer correctement les situations difficiles. Les adolescents, en réaction à ce cadrage pesant, cherchent à jouer avec la mort au cours de leur jeu quotidien préféré : se coucher sur les rails quand un train arrive et rester en dessous le temps qu’il passe. Ces scènes provoquent en eux l’euphorie, pendant qu’elles nous angoissent d’une façon incroyable, la caméra nous embarquant parfois jusque sous le train.

classe 2

La caméra nous place d’ailleurs toujours à la hauteur des personnages, ce qui fait que nous recevons comme eux toute la violence dont ils sont tantôt les victimes, tantôt les causes. Comme eux, nous sommes plongés dans un sentiment permanent d’angoisse, nous nous sentons aussi impuissants qu’eux face à un corps qui n’obéit pas. Nous sommes littéralement catapultés au cœur du film, et ce dès la fantastique première scène. Nous suivons souvent les personnages de dos, expérimentant un morceau de leur trajet quotidiennement dangereux. Parfois, les mouvements de caméra sont brusques, comme pris, eux aussi, dans l’action, troublant la netteté de l’image pour nous faire attendre de façon plus pesante encore, l’issue de la scène. Ce procédé renvoie d’ailleurs à l’aspect docu-fiction que le réalisateur veut donner à son film.

S’il est si cru, si réaliste, c’est parce que le film se donne pour vocation de pointer du doigt de graves problèmes de société. Aux noms de quels critères choisir en effet d’isoler des êtres dans des « classes d’inclusion » ? Ici, le réalisateur porte sur la classe qu’il filme un regard profondément noir. Ces institutions représentent la dernière chance pour les élèves d’espérer se faire une place dans la société. Mais quand la société n’est pas prête à cela, et quand les classes sont inadaptées et incapables de résoudre quoi que ce soit, alors que faire ? Car le problème ici vient le plus souvent de la société, qui ostracise, sépare, exclut, violente. Dès la première scène, on suit la jeune fille poussée par sa mère dans son fauteuil, le jour de la rentrée : on leur dit de ne pas rester dans la cours, car la cérémonie du traditionnel lever de rideau n’est pas destinée aux élèves de la classe d’inclusion.

classe 3

Durant tout le film, cette adolescente évolue dans un monde qui ne s’adapte pas à elle : les gens refusent de lui prêter de l’aide, allant parfois jusqu’à nier son handicap : les rampes que l’école lui fait installer sont trop petites, les actions trop rapides pour elle. La femme de ménage se plaint de son fauteuil qui fait des traces noires dans le couloir. Il y a d’ailleurs cette réplique extrêmement marquante, lorsque la mère apprend que sa fille n’aura jamais de chance de s’intégrer réellement. Elle part en empruntant le chemin du couloir, la femme de ménage se plaint car elle vient de nettoyer, et la mère s’excuse. Par notre présence dans cette école, dit-elle, « nous avons tout sali. Mais s’il n’est pas là, alors il est où notre couloir, à ma fille et à moi ? »

Je ne fais jamais cela d’habitude, mais je me permets ici une remarque personnelle. J’ai été profondément bouleversée par ce que le film m’a fait voir. Il est d’une beauté esthétique et d’une brutalité telles que personne n’y restera insensible. Il remplit un rôle qui donne, selon moi, de la noblesse au cinéma : il parle de notre époque, de notre rapport à la jeunesse, à la tolérance, en le questionnant violemment. Je vous conseille donc très vivement de voir ce film, profondément humain, qui pourrait ouvrir les yeux de personnes monstrueuses

Azilys Tanneau

 arlequin

Leave a Reply