Cinéma – Eté Indien #2 – Sils Maria d’Olivier Assayas

L’été se termine demain et pourtant c’est comme s’il n’avait jamais été aussi présent depuis son arrivée. La saison la plus propice pour déguster les artichauts se termine également niveau légume, mais pas pour nous : c’est toute l’année que vous pourrez dévorer nos articles.
La Rubrique Cinéma vous propose de prolonger un peu plus le climat estival par un petit récapitulatif des films coup de cœur de la saison qui sont, pour la plupart, encore en salle.

Sils Maria d’Olivier Assayas

Les + :
Une performance remarquable de la part de Kirsten Stewart
Un parallèle psychologique réalisé sans être lourd
Des paysages Suisses à couper le souffle

Les – :
La prestation statique de Juliette Binoche

sils maria

Synopsis :

Une actrice célèbre d’environ 40 ans, Maria Enders (Juliette Binoche), se rend à une cérémonie de remise des prix à la place d’un célèbre auteur, « Whillem », qui l’a fait connaître en lui offrant son premier rôle à 20 ans. Elle apprend sur le chemin que son mentor et ami est mort, suicidé, et que cette cérémonie devient donc un hommage au génie de l’artiste plutôt qu’une remise des prix. Elle s’y rend en sa mémoire et se voit proposer de jouer un rôle différent dans une nouvelle version de la pièce qui l’a rendue célèbre dans sa jeunesse. Elle accepte mais doit apprendre à incarner ce nouveau personnage que son ancien rôle détestait. Aidée de son assistante, Valentine (Kirsten Stewart), Maria doit faire face à ce nouveau défi mais peu à peu sa vie et la pièce semblent se rejoindre, au fur et à mesure que sa relation avec Valentine évolue…
Critique :

La première scène du film se passe dans un train et déjà la relation entre les deux femmes est établie grâce au génie de la mise en scène. Valentine, l’assistante, est pendue à son téléphone, en contact avec photographes, journalistes et autres organisateurs, tandis que Maria, l’actrice, tente vainement de pondre un discours de remerciement à la place de l’auteur et ami qui l’a fait connaître et à qui on attribue un prix. L’avocat de Maria la contacte à propos de son divorce, le litige étant visiblement autour d’un appartement à Saint-Germain-des-Près. Le spectateur se retrouve ici face à une femme de 40 ans, dont la vie vole en éclat et qui semble vouée à jouer un rôle pour toujours. Juliette Binoche incarne avec perfection la superficialité du personnage qui ne fait face à rien, même pas à ses propres sentiments. La mort de son ami et mentor lui fait verser une larme froide et retenue.

Valentine, l’assistante, semble alors être sa béquille puisqu’elle la raisonne, la réconforte, s’occupe d’arranger les détails technique et même de rédiger le discours d’hommage.

S’ensuit alors la cérémonie de remise des prix, une situation tendue où Maria s’enferme dans une attitude de rejet immature et où Valentine joue les médiateurs afin de lui faire accomplir son métier. Il s’agit de poser pour les photographes, d’essayer des robes. L’assistante est visiblement l’unique soutien de l’actrice qui s’enferme dans son mutisme. On lui propose alors de jouer dans une adaptation de la pièce de Willhem : Le Serpent de Maloya, et d’y incarner le rôle d’Héléna, une femme de 40 ans qui tombe folle amoureuse de Sigrid, le personnage qu’elle a joué 20 ans plus tôt, et se suicide quand vient la rupture.

Maria accepte et se rend avec Valentine sur les lieux de l’écriture du texte par Willhem : sa maison à Sils Maria. L’idée étant qu’elle est sensée apprendre à s’approprier le personnage d’Héléna. Le réalisateur établit alors un parallèle habile entre le drame de la pièce et le drame personnel de l’actrice qui doit faire face à son âge et à sa fragilité.

sils maria 1

Hélas, c’est à ce moment que le film s’enlise. Si Kirsten Stewart incarne à merveille la frustration de la jeunesse dont le point de vue n’est pas pris au sérieux et qui prend tout à coeur, Juliette Binoche peine à donner de la profondeur à son personnage. Elle reste bien trop souvent statique et, même face à l’abandon, elle semble bien moins désemparée qu’elle ne devrait l’être. Le personnage d’Héléna semble incompréhensible et d’ailleurs elle n’en fait une lecture que très superficielle, même dans le rejet.

C’est seulement dans l’épilogue, à la répétition générale de la pièce que Maria semble enfin comprendre l’absurdité de son comportement et le drame de son personnage. Le face à face avec Jo-Ann Ellis (la très jolie Chloë Moretz) qui incarne Sigrid dans la nouvelle adaptation, lui arrive comme une claque en pleine figure, l’obligeant à faire face à sa vieillesse et à son obsolescence.

Ainsi, ce film est un petit bijou, à condition d’aimer réfléchir sur la condition humaine. La réalisation est une réussite : toute en finesse et en légèreté. Olivier Assayas porte un regard profondément tendre sur les personnages principaux, ce qui confère au film une atmosphère intimiste et pudique à la fois. La conclusion de l’histoire s’effectue de façon brutale pour Maria mais le réalisateur semble suggérer qu’il s’agit d’un nouveau départ. Cela pose une question, éternelle et philosophique, sur le rapport de notre société à la vieillesse et à la conscience de soi.

Si on peut tout de même regretter la prestation parfois trop invariable de Juliette Binoche, les deux jeunes actrices talentueuses dont Assayas a su l’entourer permettent au spectateur de passer un excellent moment !

Marie Darcas

Written By
More from artichaut

Kings of War: Shakespeare entre série, théâtre et cinéma

Quel objet théâtral étrange et colossal que ce King of War ! Sur...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *