Cinéma – Été Indien #1 – Les Combattants de Thomas Cailley

les combattants

L’été se termine demain et pourtant c’est comme s’il n’avait jamais été aussi présent depuis son arrivée. La saison la plus propice pour déguster les artichauts se termine également niveau légume, mais pas pour nous : c’est toute l’année que vous pourrez dévorer nos articles.
La Rubrique Cinéma vous propose de prolonger un peu plus le climat estival par un petit récapitulatif des films coup de cœur de la saison qui sont, pour la plupart, encore en salle.

Les Combattants de Thomas Cailley
– apocalypse now –

Les Combattants

Au premier abord, ce film peut ressembler à une comédie romantique plutôt drôle et créative. Eh bien, c’est partiellement vrai. Mais ce premier long-métrage à la croisée des genres signé Thomas Cailley se révèle être un film plus profond, qui séduit par sa modernité, son humour et sa fraîcheur.

C’est au cours d’un combat qu’Arnaud et Madeleine se rencontrent. Ils ne se ressemblent vraiment pas. D’un côté, Arnaud (Kévin Azaïs), un menuisier discret, gentil, frêle et introverti. De l’autre, Madeleine (Adèle Haenel), une fille à la carrure athlétique et à la mâchoire carrée qui semble plutôt antipathique. Mais ce qui frappe à la fois Arnaud et le spectateur, c’est que cette fille est un mystère. Les deux personnages se retrouvent par la suite lors d’un épisode initiatique et instructif : le stage militaire.

Au fil des minutes, on comprend qu’elle se protège de tout et de tout le monde. Elle a fondé son existence sur la peur de l’apocalypse et vit dans la fatalité. Arnaud l’admire. Il reste coi devant tant d’assurance, tant d’aplomb. Lui, le bon gars, est fasciné par cette fille fermée et solitaire. Elle l’attire mais il ne semble pas savoir pourquoi.

Les personnages ne parlent pas beaucoup. Pas de ce qu’ils ressentent en tous cas. Une complicité naît malgré eux. Ces non-dits sont intenses et nous touchent. Le désir et la tension physique sont palpables. Arnaud couvre le visage de Madeleine de maquillage militaire avec ses doigts. La scène est magnétique et haletante. Le monde devient fou et absurde. Il faut s’enfuir, se débrouiller tout seul et se battre pour survivre. La caméra suit alors la déambulation de Madeleine dans une rivière verte et stagnante et Arnaud lui explique comment survivre grâce aux épines des pins.

Les Combattants

Les Combattants est un film dynamique où la caméra se porte à l’épaule. Le monde bouge. La musique résolument moderne est admirable. Elle participe pleinement à l’image euphorique que renvoie le film. L’électro mélodique et rythmée sublime les forêts landaises. Elle rappelle parfois Kraked Unit dans Les Poupées Russes de Klapisch dans sa capacité à orienter l’image et le spectateur.

L’angoisse présente dans notre société contemporaine est retranscrite au moyen d’une fausse légèreté et d’un humour renversant. Grâce à une lumière qui oscille entre les tons orangés du crépuscule et le gris de la pluie diluvienne, le film voyage entre les genres.

Ce film montre que la sensibilité est partout, même chez les jeunes filles qui tentent de la cacher. Arnaud paraît fragile et attentif à ceux qui l’entourent, même aux furets. C’est pourquoi il essaie de comprendre la sensibilité renfermée de Madeleine.

Le réalisateur ne nous pousse pas à comprendre comment une jeune fille, qui a grandi dans une famille aisée mais pas trop (ses parents ont une belle maison et font construire une cabane en bois au bord de la piscine), est devenue ce qu’elle est. C’est davantage l’évolution des rapports qu’elle entretient avec les autres que Thomas Cailley rend intéressant.

La « survivante » Adèle Haenel apparaît indomptable et Kévin Azaïs maîtrise parfaitement les silences. Les deux personnages sont attachants et intrigants. Les acteurs, grâce à leurs très grandes performances, permettent au film de communiquer son énergie.

Thomas Cailley nous offre un film plutôt inclassable. Un film où l’on construit un cercueil et des cabanes. Un film où le gibier est dégueulasse. Un film où l’on ne mange pas son yaourt au caramel. Un film où un sourire peut ressembler à une déclaration d’amour.

Bref, si vous voulez rire, voir un furet se baigner dans une piscine et sortir euphorique du ciné après un film moderne et inattendu, allez voir Les Combattants.

Augustin Hubert

Comments

  1. Augustin Hubert

    Bravo ! Une super critique qui donne vraiment envie de voir le film.
    Hate de retrouver une nouvelle critique de ce petit gars qui va aller loin dans le cinéma.

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  1. Critiques | Pearltrees

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