Chroniques de Sciences Boules – Episode 1

    « Il y a eu Voltaire, il y a eu Beigbeder et il y a eu Miley Cirus : la provocation est un art facile. »

 

     « Lorsque le réveil sonne, il tape dessus avec cinégénie, puis reste étendu dans cette torpeur limpide des lendemains de débauche. Dans le prolongement du drap gris, il observe la pile de livres, le cadran usé et le lys dans son vase, qui gisent, sur la table de nuit, dans les premiers rayons de lumière incolore.

      « – Vous vivez dans un monde où vous pouvez, à chaque instant, parce que vous êtes, involontairement, imbriqués dans des systèmes qui vous dépassent, mourir dans une attaque nucléaire ; mais également dans un monde où, au même instant, parce qu’il fait partie, lui aussi sans le vouloir, de ces mécanismes qui nous échappent, un petit Indien à l’autre bout de la Terre vit avec la même épee de Damoclès au-dessus de la tête. »

     Tranquillement assis au fond de la classe de géopolitique, il est en train d’hésiter à donner écho à ces paroles, si sérieuses, lorsque son regard se pose sur une magnifique nuque vermeerienne, à la fois fière et délicate dans sa lutte entre le chignon à l’air soyeux et l’étoffe à fleurs timides qui couvre ses épaules laiteuses, et son attention se trouve ainsi captée par cette jeune fille, qu’il n’avait pas remarquée jusque-là, assise au second rang.

     Lorsque le cours s’achève, dans les applaudissements profanes, il l’observe qui se lève : les yeux sont clairs, probablement bleus ou verts ; les lèvres sont roses, rappelant celles d’un enfant ; les courbes se brisent délicieusement à la taille, toute en rondeur magnétique ; le nez, petit, est mutin. Avant de quitter la salle, un soupir, sûrement lié au poids de la journée qui commence, soulève sa poitrine ; et Dieu sait qu’il n’y a rien de plus beau que la femme quand elle soupire. Alors qu’il voit l’adorable chignon brun s’éloigner dans la foule des animaux politiques précoces, il tente de se lancer à sa poursuite, mais une légère blessure au genou, liée à l’ivresse blanche de la nuit dernière, passée à danser sur les berges de Seine, lui fait rapidement perdre du terrain, puis le perdre de vue. Il se dirige tant bien que mal vers la sortie, la démarche syncopée, avec l’impression de faire enfin partie, provisoirement, de cette orgueilleuse cour des miracles dans laquelle il évolue, où le handicap est synonyme de travail et de revanche, mais où la beauté semble avoir déserté. Quand il atteint le seuil de la salle, elle a disparue.

     Las, il se rend à son cours suivant, génialement intitulé « Traumatismes : de ta mère à ton père », et passe les deux heures à se dire qu’il a décidément bien fait d’intégrer une école de si grande rigueur intellectuelle, tout en s’appliquant à illustrer le mot « rectal » de manière abstraite, comme s’il était sous mescaline mais sans être réellement sous mescaline car, tout de même : il y a des limites. Mais, malgré tout, la fille au chignon ne lui laisse aucun répit.

     Le reste de la journée passe, comme toutes les autres journées, indécemment vite. A l’heure du goûter, profitant de l’irruption d’un rayon de soleil, il s’allonge dans la pelouse éparse du jardin de l’école. L’instant d’après, il dort.

     Lorsqu’il rouvre les yeux, son regard est emprisonné sous une jupe dont l’étoffe à fleurs percées de soleil ne peut qu’appartenir à cette fille qui, depuis le matin, l’obsède. »

 Faust.

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