Hush…hush…sweet Charlotte…

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Dans le cadre du partenariat avec le PAF ! (Pôle Art Filmique), un membre de l’équipe vous livre un article sur le cinéma chaque semaine.

14 janvier 2016. And the nominees are… Soudain, un visage que l’on ne s’attendait certainement pas à voir à Hollywood en ce jour d’annonce de sélection des Oscars. Charlotte Rampling, presque 70 ans, britannique tendance francophone, vient de rejoindre sur le banc des nommées l’inénarrable et déjà primée Cate Blanchett, et les très jeunes Brie Larson, Jennifer Lawrence et Saoirise Ronan, toutes juste sorties, semble-t-il, du berceau de la féconde couveuse du cinéma. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la confirmée Rampling, en dépit d’un Ours d’argent mérité à Berlin pour son rôle dans 45 Years (sortie française le 27 janvier 2016), n’était pas attendue au tournant, en dépit de son talent et de la bonne publicité de ce nouveau long-métrage.

Hush…hush…(chut, chut), chère Charlotte. Charlotte la discrète est de ces actrices dont on connaît les traits et que l’on prend plaisir à apercevoir de temps à autre sur les écrans, sans pour autant être toujours capable de resituer son parcours, voire même, parfois, son nom (quelle honte !). Habituée des rôles dits secondaires, sa maîtrise du jeu, elle, est loin de l’être. En 2001, celle qui fut nominée quatre fois aux Césars s’en vit attribuer un d’honneur pour l’ensemble de ses performances, subtiles, tendres et fortes, pour sa voix à l’accent élégamment masqué et son port altier de fille de colonel champion olympique d’athlétisme, élevée donc à bonne école. Et à bon droit. Charlotte Rampling, l’actrice invisible dans les tabloïds et sur les plateaux de télévision, n’est pas une marathonienne des interviews ou des confessions. Rare, elle enchaîne les films sans les vagues et les promotions monotones, avoue récemment « vivre un moment de grâce ».

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C’est à l’émission de France 5 « C a vous », divertissement mi-sérieux des heures du dîner où l’équipe de la charmante Anne-Sophie Lapix ne se dérange d’ailleurs pas pour se tailler une bavette, que l’actrice a entretenu, peu après sa nomination américaine, une conversation des plus franches. Car les minauderies, Charlotte ne sait pas faire. Les quelques seize minutes de papotage autour de la table valent leur pesant d’or, et remettent les acteurs aux chevilles trop enflées clairement à leur place.

Ces minutes-ci, elles racontent la carrière et les yeux gris d’une adolescente du début des Sixties qui écoutait les Moody Blues, groupe depuis éclipsé. D’une femme qui partagea vingt ans durant la vie d’un compositeur. D’une comédienne qui (après avoir été figurante dans le film d’une génération, The Knack, de Richard Lester, où apparaissaient également Jane Birkin et Jacqueline Bisset) explose véritablement dans le tamisé Portier de nuit (Il Portiere di notte), en 1974. Aux côtés de Dirk Borgade, alias le professeur mélancolique du Mort à Venise de Visconti, campant ici le veilleur d’un hôtel viennois, une jeune femme de vingt-cinq ans incarne dans son plein la fusion du jeu de deux interprètes au paroxysme de la sensibilité physique.

La récente polémique autour d’Oscars lavant plus blanc que blanc n’entache pas cette image. Certes, sa contribution personnelle à l’affaire (« c’est du racisme anti-blanc ») ne fut pas des plus modérées, et est même franchement exagérée. Elle semble depuis s’en être excusée, sinon dans la pensée, au moins dans la formulation. Sa remarque a en tout cas l’intérêt de piquer à vif les idées reçues. Surtout, de faire des Oscars ce qu’ils sont, de simples félicitations entre collègues, et l’occasion d’une soirée champagne et robes Chanel entre amis. Voilà déjà plus de deux décennies que ces statuettes dorées ont cessé de vraiment prendre le pouls du cinéma américain, et encore moins du cinéma mondial. En vérité, tout se joue désormais dans les festivals indépendants, et Sundance, qui a enrichi sa sélection de quelques têtes connues en guise d’appât, fait toujours davantage le plein de fraîcheur. Charlotte Rampling, en cette 88e édition, est donc un peu à sa manière le grain de sable dans la machine, ‘l’étrangère’ s’infiltrant dans le monde des habitués des festivités, dont le nom pourrait presque être cousu dans l’un des sièges du Dolby. Elle ne dissimule pas son contentement, ni sa soif de compétition, et l’humour dont elle enrobe ce qu’elle a la chance de vivre ne les rend que plus sincères.

Nagisa Oshima, Woody Allen, Alan Parker, Sidney Lumet, François Ozon (avec le très beau Sous le sable, en 2000), Norman Jewison, Lars von Trier, Bille August, et maintenant Andrew Haigh. Le voilà son gratin, le voilà son tapis rouge ! Ceux avec lesquels elle a pu changer de peau, au fil des saisons et des langues différentes qu’elle parle. Si cet hiver la radieuse Rampling a peu de chances, en vérité, d’empocher le prix face à Brie Larson en mère courage, favorite des bookmakers (pour Room, sortie française le 9 mars 2016), elle aura au moins le mérite d’une nomination en forme de reconnaissance par ses pairs. Une reconnaissance tardive et un coup de chapeau à celle qui, timidement mais avec constance, rajoute des touches de couleur pastel au 7e Art depuis…tiens…quarante-cinq ans. Comme quoi…

Thomas Busciglio

 

L’interview de Charlotte Rampling dans « C a vous », le 22 janvier, à retrouver en intégralité ici :

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