« C’est comme si l’image était vivante »

Sur le tournage de « L’Odeur de la Mandarine » réalisé par Gilles Legrand et sorti en salles en 2016

« C’est comme si l’image était vivante » – Julie Angelo, assistante caméra plongée dans les Etats-Unis. 7 Juillet 2017

Sur le tournage de « L’Odeur de la Mandarine » réalisé par Gilles Legrand et sorti en salles en 2016

De son premier voyage aux Etats-Unis, elle retient l’énormité et la sensation de flotter sur le flux continu de la vie New Yorkaise. Quelques années plus tard, en 2015, c’est seule que Julie Angelo revient à New York pour tenter de se frayer son propre chemin. Aujourd’hui assistante caméra, Julie s’est rapidement laissée happer par ce qu’elle appelle « la puissance créatrice » de la ville. Et pourtant, il lui aura fallu presque un an pour découvrir « le vrai New York, pas celui qu’on affiche et qu’on vend aux touristes. ». Ses débuts à la New York Film Academy furent plus inattendus. L’école est une des rares à avoir résisté à la vague numérique et à tourner  en pellicule, ces fameux « 16 mm » ou « 35 mm » que presque la totalité des écoles en France on décidé d’abandonner, pour des raisons financières majoritairement. Le tournage en pellicule est plus coûteux, car chaque centimètre de pellicule coûte, littéralement de l’argent. « Mais la prise est plus solennelle aussi, on ne peut pas tourner à l’infini comme avec le numérique. » Pour cette amatrice de peinture, la pellicule n’est pas seulement le reflet d’une lumière que le chef opérateur doit capturer avec le plus grand toucher, c’est aussi un outil d’exposition. « En numérique, l’image est plutôt lisse, alors qu’en pellicule, elle devient vivante, comme une matière organique, avec un grain qu’on aurait presque envie de toucher. »

Sur le tournage de « L’Odeur de la Mandarine » réalisé par Gilles Legrand et sorti en salles en 2016

Ce qu’elle n’avait pas anticipé, c’est qu’elle serait confrontée à une tout autre culture de l’enseignement cinématographique : moins réflexif, moins historique et beaucoup plus pratique. « En France, quand on comment une scène, on décortique le texte, on parle des références, du jeu. Aux Etats-Unis, on regarde si la scène fonctionne ou pas. C’est beaucoup plus concret mais moins expérimental et moins spontané. » Fidèle aux scénarios de films hollywoodiens, le cinéma américain se distinguerait donc par cette volonté de résoudre, de donner des réponses, un mode de pensée qui reste encore étranger aux Européens. Mais alors pourquoi rester ? Parce que New York est une ville pleine de paradoxes, qu’elle est aussi conformiste qu’extravagante. Et cela se ressent dans le cinéma où films indépendants et la machine hollywoodien sont bercés par la même énergie créative. Même si le cinéma est divisé en deux, entre les films qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas ou entre les professionnels du cinéma qui peuvent payer une cotisation syndicale et les autres, il reste cet éternel sentiment que tout est possible : où un jeune cinéaste peut s’imposer dans son milieux. « Il y a une réelle ouverture du travail, tu peux avoir 25 ans et te proclamer chef-opérateur. L’intelligence et la créativité te feront un nom ». Et entre deux tournages, la jeune cinéaste écume les salles de cinéma. « Moscow Never Sleeps » est le dernier film qu’elle a vu, réalisé par un réalisateur irlandais, diplômé de l’Université de New York University, bilingue russe et passé par l’industrie du film russe. Un portrait à l’image de la ville de New-York, multiculturelle, jeune et pleine d’énergie et un portrait qui convient bien à ceux qui, comme
Julie, ne dorment jamais.

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Sortie prévue en 2019
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