Cendrillon, machine à rêves

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L’arrivée d’un spectacle du théâtre public dans un temple du théâtre privé est suffisamment rare pour être notée, surtout lorsqu’il s’agit de l’œuvre sublime de Joël Pommerat. Après avoir triomphé un peu partout dans le monde, Cendrillon revient à Paris pour deux mois. L’occasion d’aller revoir ce chef-d’œuvre qui ne peut laisser de marbre.

On y découvre la vie d’une petite fille, Sandra, dont le père se remarie avec une femme particulièrement acariâtre accompagnée de ses deux filles à peu près aussi détestables sinon plus. Le conte de Perrault a été mâché, digéré, et en est ressorti ce que l’on pourrait appeler un poème dramatique d’une beauté éblouissante. Tant la création lumière d’Eric Soyer que l’interprétation fragile et touchante des interprètes font de cette Cendrillon une machine à rêves ; le début à lui seul vaut tous les discours, et surprend dans sa capacité à sublimer le dépouillement.

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Pommerat ne boude pas son plaisir en ajoutant une touche d’humour caractéristique au spectacle, teinté d’une délicieuse ironie. Les personnages sont hauts en couleur – on y découvre avec un plaisir non dissimulé cette fée, sorte de soixant-huitarde clopeuse, un peu tarée, les deux filles, leurs portables collés à la main, ou la mère, tellement soucieuse d’avoir l’air impressionnante qu’elle en devient ridicule – et évoluent dans un univers d’un onirisme décalé. La manière que Joël Pommerat a de mêler une sorte de réalité déformée à un univers enchanteur saura ravir tous les publics. Saisissez votre chance, laissez-vous envoûter, et allez voir la poésie de Pommerat : c’est seulement jusqu’au 6 août au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Bertrand Brie

Photo: Cici Olsson

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