Ce que le théâtre doit à la photographie

Ruy Blas, 1954
Gérard Philipe (Ruy Blas) et Gaby Sylvia (la reine d'Espagne)
Théâtre national populaire à Paris,
Mise en scène de Jean Vilar © agnès varda

« La photographie de théâtre est l’art qui ose mettre en scène le théâtre » dit Claude Bricage, photographe des spectacles d’Antoine Vitez. La photographie s’est attachée depuis son invention à immortaliser le théâtre. C’est souvent la seule chose qu’il reste des mises en scènes de la fin du XIXème et du XXème siècle, avant l’ère des captations. La trace d’un spectacle qui a été, qui a fait vibré un public, qui a livré un texte et sa poésie de manière inédite aux gens réunis dans la salle. Le regard de Maria Casarès en Marie Tudor, le visage de Gérard Philipe dans Ruy Blas… Que vient-y faire Hugo ? Un rôle de catalyseur en quelque sorte. Les drames d’Hugo ont fait l’objet de nombreuses mises en scènes, propositions et re-propositions, dont certaines restées dans la légende. Hugo, qui mettait lui-même en scène ses pièces, a inspiré les plus grands : ici Vilar et Vitez. Enfin, si Nadar fut le premier à photographier Sarah Bernhardt, ce fut aussi lui qui le premier tira le portrait de notre poète national.

Etienne Carjat Portrait de Victor Hugo en 1873, Maison de Victor Hugo © Etienne Carjat / Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

Etienne Carjat Portrait de Victor Hugo en 1873, Maison de Victor Hugo
© Etienne Carjat / Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

L’exposition propose de découvrir le travail des photographes autour de quatre pièces de Hugo. Le grand Ruy Blas, avec Sarah Bernhardt à la Comédie Française. Puis plus tard, la révolution de Jean Vilar avec le Théâtre National Populaire. Vilar demande à Agnès Varda de venir photographier le spectacle au cours des représentations, mais aussi de séances photos. Même chose avec Maria Casarès dans Marie Tudor à la Cour d’Honneur en 1955. Un regard, une action, Varda veut dire la pièce en un cliché, essayer « de trouver des images dans l’esprit de la pièce ».

En 1977, Antoine Vitez met en scène Les Burgraves. Claude Bricage a une liberté totale. Ses clichés sont comme hors du temps. Ils disent le « rêve des anciens » que proposait Vitez. Plus près de nous, en 2009 Christophe Honoré monte Angelo, tyran de Padoue à Avignon. Christophe Raynaud de Lage (aussi photographe pour le Français) montre le lien entre théâtre et cinéma qu’explore Honoré, image figée.

Angelo, tyran de Padoue 2009 Journée III, Clotilde Hesme (La Tisbe) et Emmanuelle Devos (Catarina) Festival d’Avignon, Mise en scène de Christophe Honoré © Christophe Raynaud de Lage

Angelo, tyran de Padoue 2009
Journée III, Clotilde Hesme (La Tisbe) et Emmanuelle Devos (Catarina)
Festival d’Avignon,
Mise en scène de Christophe Honoré © Christophe Raynaud de Lage

Quatre pièces pour comprendre ce que le théâtre doit à la photographie, et Hugo en filigrane. L’occasion aussi pour les photographes de raconter, en une image, l’aventure théâtrale. La représentation, certes, mais aussi l’envers du décor, le négatif de la scène, comme la superbe photo par Varda de Vilar, assis dans la Cour d’Honneur, l’été à Avignon, espadrilles aux pieds et cigarette au bec.

 Valère Clauzel

–> http://maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/expositions/regards-croises

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