Catherine et Christian : jusqu’à ce que la mort nous sépare

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Avec Catherine et Christian (fin de partie), Julie Deliquet clôt son triptyque « Des années 70 à nos jours » par une ultime création, épilogue de l’histoire d’une vie, ou d’une histoire de la vie.

Catherine et Christian sont un père et une mère de famille qui meurent avant le début de la pièce, n’apparaissant ainsi jamais sur scène.

Pourtant, ils étaient bien là, dans une vidéo projetée au tout début du spectacle, répondant avec cynisme et légèreté aux questions qu’on leur posait au sujet de la mort, de l’héritage, de leurs enfants.

Pourtant, ils étaient bien là, également, pendant les répétitions, incarnés par Catherine Eckerlé et Christian Drillaud, travaillant avec les comédiens qui sont sur scène durant la représentation.

Mais dans cette pièce, la mort a aussi son rôle à jouer et Catherine et Christian meurent tour à tour, abandonnant les comédiens mais aussi le public. C’est autour de ce vide que se construit cette pièce en partie improvisée.

Julie Deliquet fait le choix de l’improvisation pour explorer les sentiments humains. La proposition est intéressante : en effet, est-il réellement possible de prévoir nos réactions ainsi que nos sentiments face à la mort d’un proche ? L’homme a tendance à fuir la mort, mais dans la promiscuité d’une salle où sont réunis comédiens et spectateurs, il n’est plus possible de s’échapper : les sentiments jaillissent dans la confusion.

 

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Si certains pleurent la disparition de leurs parents, d’autres font preuve d’un cynisme dérangeant. Entre culpabilité et indifférence, manque et libération, des disputes éclatent. Surgissent alors de profondes douleurs, des regrets amers, des traumatismes d’enfance qui n’ont attendu que la mort des parents pour se dévoiler. Loin de nous faire perdre une part de notre identité, la mort nous ramène à nos origines, à nos racines. Mais se posent également des problèmes bien plus concrets auxquels tentent de répondre tant bien que mal les personnages : que faire des cendres des défunts ? Comment organiser une cérémonie d’enterrement ? Que faire de la maison familiale ? Que faire après un enterrement ?

L’errance des personnages est totale. Isolés sur l’île de leur enfance, c’est dans un restaurant que les personnages décident de se retrouver. Autour d’un repas, ils racontent leurs souvenirs de jeunesse, les plus beaux moments de leur vie, leur mariage, la naissance de leurs propres enfants. Ce sont des tranches de vie qu’ils partagent en compagnie du public avec lequel se noue une relation intime. On nous tient au courant de tous les secrets, on rit et on pleure avec eux ; à notre tour, nous nous isolons dans ce restaurant, autour de la table, en leur compagnie. L’absence d’une scène surélevée ainsi que de coulisses latérales ne font que renforcer ce lien privilégié qui se tisse tout au long de la pièce. Mais la mort ne cesse de hanter subtilement la mémoire des personnages : comment se réjouir en cet instant de deuil ? Sans trouver de solution, les conflits reviennent, incessamment.

 

 

L’histoire de Catherine et Christian, c’est l’histoire d’enfants en deuil cherchant à faire triompher, tant bien que mal, la vie sur la mort. Comment aller au delà des souvenirs douloureux ? Comment le cours de la vie reprendra-t-elle ?  La pièce semble néanmoins souligner un paradoxe : si c’est bien la mort qui a définitivement séparé les enfants de leurs parents, c’est aussi elle qui les a enfin réunis entre eux, après que la vie les ait séparés durant de longues années.

Au jeu de l’improvisation, certaines personnalités s’affirment plus que d’autres, mais on retiendra surtout le dynamisme du collectif In Vitro. Nous sommes touchés par la sincérité de cette pièce au sujet tabou, servie par les émotions spontanées de comédiens pleinement engagés sur scène.

Christophe Zhang

 

Catherine et Christian (fin de partie) est en représentation jusqu’au 16 octobre au Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint Denis.

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