Ma fille a disparu

Claire Besse

Après une première mise en scène par Jacques Martial au Théâtre national de Chaillot en 2004, José Pliya l’auteur de Cannibales, offre une nouvelle lecture de sa propre pièce au Théâtre 71 de Malakoff. La pièce semble axée autour des thèmes de la maternité, de la perte d’un enfant et des conséquences d’une telle disparition, notamment dans le rapport aux autres.

Note : 4 artichauts sur 5

Claire Besse

Claire Besse

Cannibales montre trois personnages de femmes devant faire face à la disparition d’un enfant. Elles se rencontrent dans un parc de quelques centaines d’hectares, mais dans une partie isolée du parc, là où (presque !) personne ne vient les déranger. Une de ces femmes, Christine, semble affolée, elle recherche son enfant. « Ma fille a disparu ! », répète-t-elle. C’est ainsi qu’elle rencontre une autre femme, rêveuse sur un banc et lui demande de l’aide. Celle-ci refuse de donner son aide à Christine et l’envoie questionner une troisième femme, Martine, veillant sur son enfant qui dort.
Christine va ainsi tenter de convaincre les deux femmes de chercher sa fille avec elle, mais elle va devoir faire face à la peur maternelle de Martine, qui veut protéger son fils, ainsi qu’à l’indifférence et au cynisme de Nicole.

José Pliya qualifie sa pièce de « jeu de piste où l’objectif est de se perdre pour mieux trouver sa vérité. » Ainsi, les trois femmes se questionnent tout au long de la pièce et le spectateur, tout d’abord dérouté, comprend au fur et à mesure de ce « jeu de piste » que chacune des femmes a vécu l’expérience de la perte d’un enfant. Chaque femme représente alors un niveau d’expérimentation de cette perte. Le personnage de Christine semble avoir vécu une expérience de disparition récente : elle pense avoir perdu sa fille et cherche à la retrouver avec détermination. Elle a acquis le statut de mère malgré elle mais ce statut lui plaît, elle souhaite le récupérer. Martine, quant à elle, est consciente qu’il est illusoire de chercher l’enfant qu’elle n’a jamais eu mais son attitude n’en est que plus extrême : si elle ne peut avoir d’enfant, elle n’a qu’à prendre celui d’un(e) autre. Elle souhaite acquérir un statut qu’elle n’a jamais eu et ne peut avoir, celui de la maternité. Nicole, enfin, est passée par ces deux stades et est le personnage le plus ambigu. Ce sont son ironie et son apparente indifférence qui permettent aux deux jeunes femmes d’évoluer, de prendre conscience et de « trouver leur vérité ».

Le langage employé semble être celui de l’enquête policière, mais ce n’est finalement pas une telle enquête qui est mise en scène ici, puisque ce langage est lié à la « recherche des causes de la maternité » et de ce qu’elle implique. On voit ainsi au-delà de la recherche d’un enfant perdu, une volonté de retrouver la maternité et ce qu’elle implique, notamment socialement.

Cannibales

Claire Besse

 

Les trois actrices (Lara Suyeux pour Christine, Claire Nebout pour Martine, Marja Leena Junker pour Nicole) restranscrivent avec justesse les questionnements et les émotions de leurs personnages, notamment Claire Nebout quand il s’agit de montrer les craintes de Martine alors que Christine souhaite s’approcher du landau (photo ci-dessus). Les costumes choisis par Florie Vaslin sont simples, mais font écho à l’idée du cheminement des personnages, l’habit étant plus ou moins sombre en fonction du personnage et de l’étape lui correspondant : d’un rouge éclatant pour Christine à un violet sombre pour Nicole. Le violet étant la couleur liée à la transcendance, il permet de montrer que le personnage passe outre la douleur liée à la perte. L’espace dans lequel évoluent les personnages est créé à partir de jeux de lumière et cela donne l’impression d’un espace complexe, méandreux, à l’image du parcours du parent qui fait face à la perte de son enfant. C’est également une certaine obscurité qui est mise en valeur. Elle est relayée par la création sonore qui renvoie à la pluie et à une angoisse saisissante, oppressante, presque palpable.

Cannibales est une pièce qui déroute, tant par son thème que par sa mise en scène, mais ce n’en est pas moins une réussite. Les jeux de lumière et la création sonore, notamment, illustrent brillamment le parcours de personnages, qui tantôt dérangent, tantôt émeuvent le spectateur.

Robin Carrier

création | 20 › 30 janvier 2015 Théâtre 71 Scène Nationale – Malakoff | 01 55 48 91 00
12 & 13 février Théâtre national du Luxembourg – Luxembourg | (00352) 26 44 12 70
20 février Théâtre du Passage – Neuchatel

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