[Cannes – Un Certain Regard] Alias Maria, des fourmis et des hommes

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L’Artichaut aussi est à Cannes et aujourd’hui, Eva et Chloé vous parle de la sélection Un Certain Regard avec le film de José Luis Rugeles, un réalisateur colombien qui emmène une jeune femme au cœur de la guerilla.

Alias Maria : En compétition pour le prix Un Certain Regard
Des fourmis et des hommes
4,5 / 5 artichauts

José Luis Rugeles, réalisateur colombien, nous livre un film qui annonce la couleur dès les premières images : des cris profonds de douleur d’un accouchement dans un camp militaire improvisé au cœur de la forêt. Accouchement que l’on découvre à travers les yeux curieux d’une jeune fille à la tête d’enfant dont on peut lire sur son collier de perle : Maria. Dur, cru, fort, gênant. A travers les yeux de Maria, on devient spectateur de son périple, chargée d’emmener le nouveau-né, fils du chef militaire du camp, en lieu sûr dans une base en dehors de la forêt. Pour cette mission elle est accompagné de deux hommes dont un avec lequel elle a une relation, ainsi que d’un enfant engagé dans l’armée.

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A travers ce film, on découvre la guérilla sous un angle nouveau : le regard d’une femme et encore plus spécifiquement : la question de la maternité dans l’armée. Le film n’est que tiraillement. Maria est tiraillée entre accomplir sa mission ou fuir. S’attacher au bébé ou l’abandonner. Survivre ou mourir. Au delà de la guerre des armes, c’est bien de la guerre intérieure, que l’on peut connaître parfois, dont il est question. Le contexte de la guerre ne fait que renforcer l’idée d’affrontement mais l’ennemi physique n’est que très peu présent : quelques coups de feux.

Ce que l’on vit face à ce film c’est la peur, l’angoisse de la guerre mais également toute la vie quotidienne qui n’est que contrainte au front : la sexualité, les règles, la lessive, les douches… En plus de la guerre intérieure et de la guerre contre l’ennemi, on constate que la violence la plus forte est sans doute celle qui intervient entre les membres d’un même clan : tortures, exécutions, violence psychologique… Les membres du clan sont dépossédés de leur identité, ce ne sont plus des hommes, des femmes ou des enfants : ce sont des combattants, et aucune indulgence n’existe. L’affect a disparu. L’indifférence, la froideur, la cruauté et l’inhumanité sont mis en scènes. Ceci se retrouve dans des gros plans sur des colonies d’insectes, notamment des fourmis, qui reviennent régulièrement à l’image, rendant l’instant presque documentaire.

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En parallèle de cette inhumanité, l’image met en valeur la nature et ce de façon de plus en plus importante, par des plans de plus en plus lumineux dans lesquels les hommes se perdent de plus en plus dans la largeur du cadre végétal. Les derniers plans montrant une course dans la forêt sont les plus impressionnants : lumière saturée, ralenti des mouvements, rendant l’instant presque irréel de beauté, ce qui contraste avec l’horreur qui est en train de se jouer. La question que pose finalement le film est : si l’affect disparaît, la vie vaut-elle encore le coût ?

Eva Eskinazi et Chloé Triquet

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