[Cannes – Semaine de la Critique] Ava de Léa Mysius

Un des films les plus attendus de la Semaine de la critique est sans nul doute Ava de Léa Mysius, l’histoire d’une adolescente (Noée Abita) qui apprend l’été de ses 13 ans qu’elle est en train de perdre la vue.

Alors qu’elle planchait sur son scénario de fin d’études à la Fémis, Léa Mysius se mit à souffrir de migraines ophtalmiques qui lui rétrécirent son champ de vision. L’idée d’Ava était née et le scénario de fin d’études devint un film. Un mal pour un bien pourrait-on dire !

C’est un premier film très prometteur que nous offre ici Léa Mysius, pétri d’idées originales et de poésie mélancolique. Car ce qui arrive à Ava est insupportable. Pourtant, se sachant condamnée à la cécité, ce qu’elle déplore avant tout c’est «  de n’avoir vu que des choses laides » dans sa courte existence. Jusqu’à ce chien noir auquel elle s’attache au point de le kidnapper, avant de tomber profondément amoureuse de son propriétaire, Juan, un ado gitan régulièrement pris pour cible par deux policiers sinistres juchés sur des chevaux noirs, tels des cavaliers de l’Apocalypse. Juan (Juan Cano) et son visage si « spécial » qu’elle veut revoir, encore et encore afin qu’il soit pour toujours gravé dans sa mémoire.

Le film a été tourné en 35 mm et un travail a été fait sur l’image pour la rendre granuleuse à souhait, ainsi que sur les couleurs pour représenter le rétrécissement inéluctable du champ de vision d’Ava. Les couleurs acidulées du début s’assombrissent peu à peu, ne laissant transparaître que des éclats fulgurants de temps à autre, comme le sourire de Juan. A l’inverse, la musique cacophonique du début s’harmonise et devient tonale au fur et à mesure qu’Ava se rassure dans la découverte de l’amour et l’éclosion de sa sexualité. A 13 ans, la vie ne demande qu’à reprendre le dessus sur la tragédie. 

Ava est au croisement de plusieurs genres, ce qui donne lieu à un film surprenant, nimbé de séquences oniriques (la douleur d’Ava se manifeste principalement par des cauchemars), voire fantastiques, évoquant ainsi la fameuse séquence de l’oeil de Buñuel ou Le Cauchemar de Füssli. On ne peut s’empêcher de penser à La balade sauvage de Malick en voyant ces enfants/ados (la limite est si ténue à cet âge) en cavale, ou à The Walkabout, pour la confrontation entre le monde de l’enfance et celui des adultes, source de désillusions sonnant le glas de l’insouciance juvénile.

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VERDICT :

  • Un récit d’apprentissage crépusculaire dans tous les sens du terme, remarquable pour son atmosphère atypique et ses virées dans le fantastique.
  • À voir pour la performance flamboyante de Noée Abita (peut-on imaginer plus joli prénom?) dans son premier rôle.

Juliet

Bande-annonce : ici

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