CANNES [Sélection] // Saint Laurent de Bertrand Bonello: « Portrait d’un Monstrueux Génie »

Saint Laurent de Bertrand BonelloSaint Laurent de Bertrand Bonello

Arrivé au cinéma par la musique classique et le documentaire, Bertrand Bonello est un poète du cinéma. Ses histoires sont teintées d’émotion, transmises par un travail remarquable sur les décors et le cadrage. L’Apollonide : Souvenirs de la maison close, sorti en 2011, est nominé au césar de la photographie, c’est pour nous un film remarquable sur l’univers des bordels parisiens du début de siècle. Cette qualité de la photographie tient souvent à la relation entre un réalisateur et son chef opérateur. Stanley Kubrick en avait fait l’élément essentiel de son équipe, Bertrand Bonello, lui, travaille avec sa compagne, Josée Deshaies. 

Bonello présente pour la première fois cette année, au festival de Cannes, son dernier film: St Laurent. Deuxième film de l’année qui traite du couturier, cette version est décriée par Pierre Bergé alors que le film de Jalil Lespert (avec Pierre Niney et Guillaume Galienne) obtient son entière approbation. Le réalisateur se verra longtemps privé de Visa d’exploitation et des droits d’utiliser les modèles et les dessins originaux (ces derniers étant propriété de la fondation YSL, dirigée par Pierre Bergé)

Bertrand Bonello pour ce portrait de Saint Laurent signe un film ambigu. Se concentrant sur la carrière du créateur et sur son parcours personnel (plutôt que sur le couple Bergé-Saint Laurent dont Jalil Lespert donne la part belle dans son biopic), le portrait n’est pas partial, il montre Yves Saint Laurent comme un monstre et un génie.

En se concentrant sur sa vie, on découvre un homme intense, bouleversant les codes de la mode. Mais une autre part du portrait décrit l’homme instable et fragile qu’étais le créateur. En effet, Bertrand Bonello filme de longues scènes de déchéance du couturier en compagnie du partenaire de Karl Lagarfeld (magistralement incarné par Louis Garrel).

Il est difficile de ne pas constamment rapprocher les deux versions de la vie du créateur. On avait aimé Pierre Niney, sa justesse et sa fragilité. On a préféré les talents de transformiste de Guillaume Galienne, la rigueur du sociétaire face au sérieux de Jérémie Rénier aussi. Le montage de Saint Laurent nous a déçu aussi, le film est long et parfois incohérent.

Mais les images de Bonello sont magnifiques et au final il aime le créateur sans pour autant l’adorer. Il le montre, dans sa complexité et sa dualité. C’est au spectateur de juger le créateur, au delà même, de le comprendre. J’aime beaucoup Yves Saint Laurent, j’ai aimé parcourir le Petit Palais ou le créateur était exposé mais je ne connaissais pas Yves Saint Laurent. Bonello a levé le voile sur la complexité du créateur.

Maxime Gueudet

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