CANNES [Sélection] // Le Meraviglie de Alice Rohrwacher: « La beauté dans la marginalité »

LE MERAVIGLIE-Alice Rohrwacher

Originaire de la région où est tourné et se déroule Il Meraviglie (Les Merveilles en francais), une région italienne entre l’Ombrie, le Latium et la Toscane, Alice Rohrwacher présente son deuxième film cette année en sélection officielle. Passant dans la selection aprés avoir présenté Corpo Celeste, son premier long en 2011 à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes. Entre l’Italie, la France et l’Allemagne, la réalisatrice présente un cinéma en retrait, ou les personnages et leur construction suffit à soutenir le propos.

Meraviglie est un récit hors du temps, transportant le public dans un autre cadre. Le cadre du cinéma sépare de fait le genre documentaire de la fiction.Le film que présente Rohrwacher mêle élégamment les deux. La réalisatrice nous plonge dans un portait de sa région natale, Les Merveilles est une immersion dans le cadre rétrograde et marginal d’une famille du centre de l’Italie.

On suit alors le quotidien de Gelsomina, interprétée par Maria Alexandra Lungu qui n’avait jamais tourné auparavant, aux cotés de ses parents (La mère est la sœur de la Réalisatrice), ses trois sœurs et une amie de la famille. La situation que crée l’absence de fils permet une réflexion sur la relation père-fils, inexistante ici. Le père, violent et impulsif, tente alors de replacer son ainée dans le rôle du fils. L’arrivée de Martin, un jeune délinquant en réinsertion dans l’exploitation apicole de la famille, va perturber cette tentative.

La réalisatrice est très souvent en retrait,  en ne livrant aucun jugement sur la famille et son cadre de vie. On intègre une famille marginale très différente de notre idée de la famille. On pense alors que le père est injuste et dur. Cependant ce sont nos idées préconçues, le film nous prouve qu’il existe des manières de vie alternative, que l’on pourrait juger hâtivement. Le père pourrait exploiter ses filles, il pourrait être juger dans son comportement envers ses enfants, il pourrait être ignorant et rétrograde. Le film nous montre uniquement une communauté marginale, souhaitant vivre en autarcie, contre la société et son organisation étatique.

On se demande alors ce que fait Monica Bellucci dedans. Son personnage est de prime abord ridicule car elle incarne une présentatrice fatale qui doit présenter une émission de téléréalité qui mêle terroir, mythes étrusques et kitch. Je suis sorti du film en dénonçant l’absurdité totale de cette émission, de son amateurisme de sa production. Je l’ai fais sans avoir vu au préalable un aperçu de la télévision italienne. Or, la réalisatrice nous plonge encore une fois dans le quotidien de son enfance ou la télévision locale et amateur diffusait ces absurdités.

 

En définitive, le film n’est pas esthétique, il est long de par la répétition d’un quotidien original, il n’est pas polémique. Ce que le film est, au contraire. une immersion dans un environnement inconnu du public, ce qui le rapproche du documentaire et pourrait faire regretter l’absence d’évolutions narratives au profit d’un portrait de cette marginalité.

Maxime Gueudet

 

Leave a Reply