[Cannes – En compétition] L’Amant double

Après le délicat et vertigineux Frantz, François Ozon renoue avec ses démons et ne fait pas dans la dentelle pour aborder les thèmes de la gémellité, du subconscient et SURTOUT des désirs inavouables, son sujet de prédilection. 

Dans L’Amant double, Chloé (Martine Vacht), jeune femme frêle et fragile, entreprend une psychanalyse pour guérir ses maux de ventre mais noue en chemin une relation amoureuse avec son psychiatre, Paul (Jérémie Renier). Mais lorsque les deux emménagent ensemble, Chloé se rend compte que, si Paul connaît tout de sa vie, elle en revanche ne connaît rien de son passé. Sa rencontre avec le jumeau maléfique de Paul, lui-aussi psychiatre, sera le début d’une liaison dangereuse aux conséquences insoupçonnées.

L’Amant double est peut-être le film le plus vénéneux d’Ozon. Ce dernier exploite le motif du double jusqu’à la moelle, aussi bien dans l’intrigue que dans la forme, avec d’innombrables plans en miroir. Tous les fantasmes qui ont trait aux jumeaux sont égrenés pendant le film, parfois entourés de réflexions génétiques fascinantes, parfois à la limite de l’obscène (les supposés relations sexuelles entre jumeaux). Mais le sujet du film c’est avant tout la libido de Chloé comme en attestent les nombreux gros plans génitaux crus, filmés de manière presque chirurgicale. De fait, le réalisateur explore les recoins les plus tabous de la sexualité de Chloé à travers ses rêves étranges et pénétrants, véritable millefeuille de cauchemars qui égarent le spectateur à tout bout de champ et rappellent à bien des égards l’obsédant et onirique Blue Velvet. Ozon se fait plaisir et ça se sent ; le réalisateur s’autorise même une virée dans le gore dans une référence savoureuse combinant Alien et Rosemary’s Baby.

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Martine Vacht est moins hermétique que dans Jeune et Jolie et joue avec une grande justesse aussi bien la femme fragile que la femme fatale. Mais c’est Jérémie Renier qui fait sensation en incarnant les jumeaux homozygotes aux caractères aussi différents que le jour et la nuit. 

Enfin, que serait un film d’Ozon sans la musique de Philippe Rombi ? Le compositeur signe sa 12ème collaboration avec  Ozon dans une partition hypnotisante et glaciale, à l’image des décors stylisés du film tout en contrastes et sinuosités inquiétantes. Chez Ozon, le plus bel appartement parisien avec vue sur les toits parait vide et malveillant tout comme le petit pavillon en banlieue à la banalité pesante.

VERDICT : 

Les amateurs d’Ozon retrouveront avec plaisir les virées habituelles du réalisateur dans le glauque et l’inavouable au sein d’un thriller haletant rythmé par le jeu impeccable de Martine Vacht et Jérémie Renier, duo magnétique et érotique à l’écran.

Ceux qui d’ordinaire n’apprécient pas le style du réalisateur seront agacés par ce dernier film qui semble le plus retors de tous, au point de frôler parfois le grotesque.

Juliet

Bande-annonce : ici

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