[Cannes après Cannes] Valley of Love

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Dans la vallée du cœur
Cannes 2015 – Valley of Love de Guillaume Nicloux avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu – En compétition
4,5 / 5 Artichauts

            La réunion d’un couple éphémère qui s’est oublié s’ouvre sur une musique de Charles Ives, « The Unanswered Question ». Le ton, d’une beauté et d’une tragédie absolue, est donné. La confrontation de deux individus qui s’opposent par leur caractère et leur physique a lieu sur ces notes : pesantes et troublantes à la fois. Ce qui les réunit ? Le suicide de leur fils, qui a eu lieu quelques mois plus tôt. Il leur a adressé à tous les deux une lettre au moment de sa mort, leur demandant de se retrouver dans la vallée de la mort quelques mois après l’événement, afin qu’il puisse revenir.

S’il s’agit, d’après le titre, d’amour, le lieu est porteur des caractéristiques inverses. Dernier lieu que l’on pourrait a priori choisir pour faire renaître le cœur, c’est néanmoins sous un soleil brûlant que la vie doit l’emporter.

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            Mise en scène d’un parcours aride, le film nous présente ces deux êtres vaguant entre le désert et leur hôtel. N’ayant rien d’autre à faire que dresser le bilan de leur relation, de leurs existences séparées, et de l’échec vis-à-vis de leur fils, Isabelle et Gérard, s’apprivoisent de nouveau. Notons qu’ils portent leurs vrais noms, et jouent des comédiens connus. Cela laisse entendre qu’une place considérable est laissée à l’authenticité de leur personnalité dans le film. Ils sont toutefois séparés par leur appréhension quant à la demande de leur fils. Isabelle semble vouloir croire qu’elle va retrouver Michael, alors que son père juge cette démarche absurde.

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            L’œuvre délivre une atmosphère à la fois très lourde du fait d’une chaleur omniprésente, et délicate, via la sensibilité mise à nue par le trouble dans lequel se trouvent ces deux êtres. La pression que le climat exerce sur les deux protagonistes les travaille et stimule leur agressivité. Malgré cela, ils suivent les indications laissées par leur fils. Ils semblent ne pas être à même d’y échapper, bien que son père le tente.

            La communication tisse un autre fil dans le film. Elle est presque impossible au sein du nouveau foyer d’Isabelle, et brusque chez Gérard. Ils peuvent à peine se supporter, et le manifestent. Cette vallée, malgré le grand espace d’ouverture qu’elle présente, semble en réalité se refermer sur eux comme un piège. La question d’un éventuel retour du fils perdu devient ainsi obsessionnelle et ponctue toute la trame de l’œuvre jusqu’à déstabiliser complètement Isabelle et Gérard.

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            Plusieurs idées sont par ailleurs explorées sans néanmoins paraître abouties. La réunion d’un couple qui n’est pas apparu ensemble à l’écran depuis Loulou de Maurice Pialat en 1980 suscite en premier lieu des attentes fortes. Guillaume Nicloux choisit d’y répondre en portant un regard cru sur les acteurs. Gérard est assommé par le soleil et ne cesse de s’en plaindre, alors qu’Isabelle est nerveuse jusqu’à l’excès. Si parfois ils nous portent vers la grâce, ces moments restent très courts et peuvent nous laisser sur notre faim. Cela peut cependant faire sens, dans l’exploration du bizarre qu’accomplit le réalisateur. Il nous livre des séquences étranges et déconcertantes, nous laissant ainsi dépourvus mais aussi libres dans notre réception de l’œuvre. Or cela fonctionne, on ne peut dès lors que s’incliner devant l’audace de l’auteur.

Sortie en salles le 17 juin. Un film à voir absolument.

Natalia Foresti

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