Une folle au musée Rodin

Camille Claudel

 

On commence à connaître par cœur la rengaine claudelienne qui dure maintenant depuis soixante-dix ans… Il était une fois, une talentueuse sculptrice qui réussit à entrer au service d’un grand (et vieillissant) artiste qui deviendra par la suite son amant. Mais, un frère, terriblement envieux (et écrivain remarquable) tente de cacher au public les qualités de sa sœur, pour avoir l’exclusivité du succès familial. Et puis, décidée à devenir une véritable artiste digne de ce nom et non plus une simple disciple, elle quitte son maître. Soudain, c’est la descente aux Enfers : elle sombre dans la folie. Alors, poussée plus ou moins par son méchant frère dans un hôpital psychiatrique, elle meurt seule, abandonnée de tous, dans l’anonymat le plus complet de la fosse commune… Et ça fait une belle histoire à raconter, un bon personnage pour Isabelle Adjani et une bonne raison pour que Juliette Binoche nous verse des larmes dans les bras de malades mentaux.

C’est vrai, il faut bien l’avouer, quand je suis allé au musée Rodin pour visiter l’exposition sur Camille Claudel qui se tient jusqu’au 20 octobre, c’était plus pour en savoir d’avantage sur cette vie romanesque que pour rendre hommage à ses œuvres artistiques. Et pourtant, je me trompais car l’exposition tend justement à  montrer que Camille Claudel était bien plus une sculptrice de génie qu’une simple femme au triste destin. Et pour preuve : vous ne trouverez aucune indication biographique au musée, mais au contraire uniquement vingt-deux de ses œuvres exposées en toute simplicité.

Vertumne et Pomone, Camille Claudel

Après avoir admiré Vertumne et Pomone, joues contre joues, goûtant un amour idyllique (et nauséeux pour les célibataires), vous entrerez dans l’unique salle de l’exposition où vous tomberez sur votre droite nez à nez avec les deux hommes de la vie de Camille Claudel. Auguste Rodin, bien sûr, amphitryon de votre visite, aux allures d’un papy artistique fatigué à la folle barbe qui contrastera à la moustache bien soignée d’un Paul Claudel aux traits durement sévères. Vous vous promènerez entre des sculptures d’une précision déconcertante au charme toutefois relatif. Cependant, vous vous attarderez sur la splendide Valse qui mérite pour le coup vraiment le détour. C’est une œuvre jouant tout à la fois sur l’équilibre, la perfection du mouvement et la grâce de deux corps si proches, encore une fois, joues contre joues, si doux et si naïfs… Pour ma part, mon œuvre préférée de l’exposition c’est Clotho, celle qui régit le sort des Hommes dans la mythologie grecque. C’est une Moire, ici, aux seins aussi fermes que des gants de toilette, ensevelie par une chevelure faite de fils de vie, qui détermine les destins humains. Ainsi que celui funeste de sa géniale créatrice…

Clotho, Camille Claudel

Et en sortant de votre visite, au parc du musée, arrêtez-vous, si le temps le permet, sur un banc, en face du Penseur ruisselant du grand maître qu’était Rodin, et admirez. Le soleil goutte sur le dôme des Invalides, la Tour Eiffel culmine au loin dans les cieux… Tout est calme… Et vous êtes sereins pour vos galops d’essai.

Thomas ALCARAZ

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