By Heart, la résistance par cœur

By Heart, de Tiago RodriguesDR

Tiago Rodrigues, fraîchement nommé directeur du Théâtre National de Lisbonne, arrive en France avec sa performance participative By Heart. J’ai eu la chance d’y participer avec neuf autres personnes ce mercredi 5 novembre, et je vais t’expliquer pourquoi c’est bien.

Les + :
– Un format vraiment original
– Une expérience unique en son genre
– Une réflexion poussée sur l’apprentissage

Les – :
– Cela peut-être un point négatif aussi bien qu’un point positif, mais tout repose sur la participation et la bonne volonté des spectateurs

Verdict : 4 artichauts sur 5

RR By Heart

L’éternel compagnon du TG Stan (vous pourrez retrouver une critique de leur dernière pièce dans la semaine sur l’Artichaut) commence par appeler dix volontaires pour venir s’asseoir sur les chaises disposées à ses côtés sur scène. L’ambiance est intimiste, la salle suffisamment petite pour que l’on puisse interagir et se sentir à l’aise. Tiago Rodrigues commence par nous expliquer la traduction du mot portugais « decurar » qui signifie à la fois décorer un intérieur et apprendre par cœur, et qu’il souhaite décorer nos intérieurs en nous faisant apprendre par cœur un poème.

Le fil rouge de la pièce est l’histoire de sa grand-mère, Candida. Candida n’a pas fait d’études. Elle est vieille, malade. Alors même qu’elle devient aveugle, son petit-fils lui ramène chaque fois qu’il vient la visiter, une caisse de livres. Mais ses médecins lui annoncent que, si elle continue à lire, cela ne fera qu’accélérer le processus irréversible de cécité. C’est ainsi qu’elle demande à Tiago de choisir un ouvrage, le dernier, qu’elle pourra apprendre par cœur pour le lire indéfiniment dans sa tête. Il finit par choisir les Sonnets de Shakespeare afin que, si jamais elle ne finit pas, elle ne reste pas frustrée jusqu’à la fin de sa vie de ne pas en connaître le dénouement.

Tiago Rodrigues, tous droits réservés

Tiago Rodrigues, tous droits réservés

Tiago Rodrigues cite Steiner, Bradbury et Pasternak, nous parlant de l’apprentissage par cœur, de ses bienfaits. La performance est filée dans un entrelacs de digressions, anecdotes, passages sur la vie de sa grand-mère. Entre deux explications, nous apprenons une partie du « Sonnet 30 », les quatre premiers vers ensemble, puis un vers chacun. Et, comme le dit Rodrigues, cela, personne ne pourra nous l’enlever. Tant que nous le connaissons, c’est à nous, et rien ne peut aller contre cela. A l’image de Nadejda Mandelstam, qui fit apprendre chaque jour, dans sa cuisine, un poème de son mari à dix personnes, afin que ces derniers ne tombent pas dans l’oubli malgré la censure, nous sommes pris dans un acte de résistance.

Et enfin, lorsque vient l’ultime répétition du sonnet, l’ambiance est lourde, chargée d’émotion. Tiago Rodrigues est remué, il se donne, avec son histoire, au spectateur. Et c’est tout simplement beau.

Bertrand Brie

By Heart est au Théâtre de la Bastille jusqu’au 14 novembre

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