Brecht à l’honneur avec l’Opéra de Quat’Sous

Bertolt Brecht DIE DREIGROSCHENOPER musik von Kurt Weill
Regie , Bühne Lichtkonzept : ROBERT WILSON
Musikalische Leitung , Korrepetition : Hans-Jörn Brandenburg ,Stefan Rager
Kostüme : Jacques Reynaud
Mitarbeit Regie : Ann-Christin Rommen
Mitarbeit Bühne : Serge von Arx
Mitarbeit Kostüme : Yashi Tabassomi
Licht : Andreas Fuchs
Ton : Jens-Uwe Neumann
Dramaturgie : Anika Bárdos , Jutta Ferbers
BERLINER ENSEMBLE premiere 27.September 2007

Deuxième spectacle de la saison présenté par Bob Wilson, l’Opéra de Quat’sous est arrivé à Paris à guichet fermé. Une autre création de l’habitué du Festival d’Automne portée avec talent par le Berliner Ensemble, l’Opéra de Quat’sous offre une très belle performance, formellement parfaite, mêlant humour et esthétique léchée le tout dans un mélange de procédés brechtiens. On peine seulement à entendre la portée politique du texte.

Célèbre pièce de Brecht, sur une composition de Kurt Weill, l’Opéra de Quat’sous mêle musiques populaires et recherche sur le genre opératique sur un fond de guerre des gangs entre deux barons de la misère londonienne. D’un côté, Peachum, roi des mendiants, qui fait des miséreux son fond de commerce et de la mendicité tant un art qu’une entreprise. De l’autre, Mackie Messer aussi appelé Captain, tête pensant d’une bande de criminels. Lorsque Peachum réalise que sa fille Polly se marie avec son ennemi juré, il décide de tout faire pour lui nuire. Ami d’enfance du chef de la police, Brown, Messer tâche de rassembler toutes les chances de son côté pour se sortir d’affaire. Seulement, alors que le couronnement approche, Peachum menace de semer la zizanie dans les rues avec son armée de mendiants, menaçant le bon déroulement de la cérémonie. Messer échoue donc en prison, sans que son ami ne puisse faire quoi que ce soit. L’action se déroule progressivement, et alors que Mackie Messer s’apprête à monter sur l’échafaud,  l’auteur choisit finalement, dans une ultime facétie, un dénouement heureux, avec un Mackie Messer gracié et anobli dans une atmosphère de réconciliation générale.

DIE DREIGROSCHENOPER

Le mot du héraut annonçant le dénouement en dit long sur ce que Brecht avait en tête lors de l’écriture. Qui du banquier ou du brigand est le plus criminel ? Les Robin des Bois, on le sait, finissent rarement bien, et cette farce finale de Brecht a bel et bien pour but d’ouvrir un débat éthique. Tout cela s’entremêle avec une critique de la bourgeoisie, des relations de pouvoir, de la corruption… le texte est foisonnant, difficile à condenser. Bob Wilson met fort bien en scène l’humour avec lequel Brecht traite de ces sujets hautement politique, et on retrouve sa délicatesse esthétique avec une certaine joie. Seulement, mettre le texte en relief est une chose, l’éclipser au profit d’une pensée également, mais en faire une matière sonore comme l’entend Wilson en est une autre. C’est là où le bat blesse : si Brecht invite à prendre des libertés, on entend ici fort mal le texte et ses résonnances politiques. On est diverti et accroché, mais ni surpris, ni poussé à la réflexion. Dommage donc, on sort avec un bon moment mais sans réelle idée derrière la tête.

Bertrand Brie

Crédits photo: L. Leslie-Spinks

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