Big Eyes, loin des yeux, loin du coeur. Trop près des yeux, destruction du cœur.

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Big Eyes de Tim Burton
4 / 5 Artichauts
Loin des yeux, loin du cœur, mais trop près des yeux, destruction du cœur.

Tim Burton nous livre sur grand écran son nouveau film, Big Eyes, s’inspirant de l’histoire vraie de la plus grande imposture du XXème siècle au sein du monde de l’art.
Walter Keane et Margaret Keane forme un couple d’artistes peintres qui tentent de percer ensemble afin de se construire une vie meilleure. Mais tout bascule lorsque durant une exposition improvisée, Walter constate le succès des enfants aux grands yeux de sa femme au dépend de ses petites rues parisiennes. Jouant alors d’autorité, il s’approprie les Big Eyes de sa femme et crée un véritable empire autour de ces créations.
Plus que sur l’escroquerie, Tim Burton concentre le film sur la vie de Margaret Keane et sur l’enfermement auquel son mari la contraint. Plus que l’art, ce film traite avant tout de la femme, de la violence au sein du couple conjugal et surtout son caractère non dicible pour une femme au milieu des années 60.
Le film s’ouvre sur le départ de Margaret et de sa fille du domicile conjugal, ne supportant plus l’oppression que son premier mari lui fait subir. Arrivée à San Francisco, elle tente de commencer une vie normale. Peignant déjà ses enfants aux grands yeux, elle fait des marchés pour vendre ses œuvres et rencontre alors Walter Keane qu’elle ne tarde pas à épouser.

A l’image de l’affiche du film, une petite fille qui pleure, renfermée sur elle même, le film est relativement sombre et impersonnel. L’environnement recréé est celui de la Californie des Trente Glorieuse où se succèdent des lotissements identiques les uns aux autres. A mesure que Margaret se soumet à Walter qui la contraint à peindre pour glorifier son propre nom, les scènes d’extérieur à la lumière et aux couleurs saturées se substituent à des gros plans sur le visage de Margaret, seule, enfermée dans son atelier. Coupée du monde, elle en provoque le basculement.

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Parallèlement à cette solitude, cette castration, on retrouve la foule d’admirateurs anonymes et des critiques les plus renommées qui viennent à la rencontre de Walter pour l’encenser. Les tableaux ont eux-même un double visage : exposés dans la galerie flambant neuve de Walter Keane, narguant le galeriste d’art contemporain d’en face avec le kitch sentimentaliste de masse des Big Eyes, il ne ressort que les couleurs vives des œuvres ; entassés dans l’atelier de Margaret, celle-ci les regardant avec un œil vide, seules les larges cernes des enfants marquent le spectateur.
Au sein de cette nouvelle société de masse, Margaret a des hallucinations de plus en plus fortes, elle croit voir ses œuvres vivre sous ses yeux, dans le supermarché de son quartier, alors que l’on peut y acheter une reproduction d’un Big Eyes de Keane, comme on achète une boite de soupe Campbell.

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Clin d’œil à Warhol. Si celui-ci a fait de l’objet de consommation quotidien une œuvre d’art, Walter Keane a fait de l’art un produit de consommation de masse, le tout dans une logique capitaliste.
Les Big Eyes traduisent de plus en plus la misère, la solitude, la décrépitude, qui contraste avec ce que donne à voir Margaret, un teint parfait, un brushing blond impeccable et un sourire toujours présent lorsqu’il s’agit d’évoluer au sein de la foule d ‘admirateurs de son mari. Mais le verni craque peu à peu, si Margaret pensait qu’il perdurait une part de vraie, de sincérité et de gentillesse en Walter, elle va tomber de haut, l’incitant à enfin empoigner fermement les rennes de sa vie.

Le scénario signé Scott Alexander et Larry Karaszewski, qui avait déjà signé le scénario du dernier film biographique de Tim Burton, Ed Wood sorti en 1994, crée une progression irréprochable, faisant de chaque plan, une clé essentielle à l’évolution mentale de Margaret.

Chloé Triquet

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