Le Barbier de Séville

Un des plus grands classiques de l’opéra de Paris revient avec une nouvelle mise en scène. Pour la première année du nouveau directeur de l’opéra de Paris Stéphane Lissner, remplaçant Nicolas Joël, les attentes étaient à leurs combles. Son pari a été de miser sur un opéra célèbre, drôle et musicalement complet : il en donna la direction à Carlo Montanaro et la mise en scène à Damiano Michieletto, deux nouveaux à l’opéra de Paris. Le pari de la jeunesse et de la nouveauté se révèle pourtant être un échec, faisant du Barbier un opéra « rasoir »– oh mon dieu quel jeu de mot pourri – pour le début la carrière de Lissner à la tête de l’institution.

Les plus:

– Un des plus grands opéras de Rossini, à la fois distrayant mais aussi musicalement recherché
– Une mise en scène très intéressante, drôle et qui restitue l’action dans une époque contemporaine, en plein cœur d’une banlieue espagnole.

Les moins:

– Une direction assez faiblarde, manquant de puissance
– Aucune voix ne se distingue, face à un orchestre trop timide pour faire exploser les voix.

Une remarque : les places sont devenues trop chères ! Pour la première fois, les prix de la catégorie la plus chère dépassent les 200€. Conséquence : le parterre est clairsemé de places vides. L’opéra doit changer s’il ne veut pas perdre sa clientèle.

Note: 2,5 artichauts sur 5

 

Le Barbier de Séville devait être la nouvelle production de la rentrée de l’opéra de Paris. Après 10 années avec la scénographie de Coline Serreau qui avait été un chef d’œuvre sur le plan scénique comme musical (avec entre autres Roberto Sacca) le défi était de taille pour Damiano Michieletto qui devait prendre la place d’un des classiques de l’opéra de Paris. Il avait pour cela l’aide de Karine Deshayes et Dalibor Jenis, respectivement mezzo-soprano et baryton, deux solistes classiques de l’Opéra de Paris et qui connaissait déjà leur rôle de Rosina et Figaro pour l’avoir joué auparavant (dans les dernières années de la mise en scène).

En ce qui concerne la mise en scène, il aura au moins réussi à sortir du modèleimaginé par Serreau. Se transposant dans la Séville des années 1980, cet instantané  fait penser un mélange entre Fenêtres sur cour d’Alfred Hitchcock et l’humour d’un Pedro Almodovar.

En effet, on se retrouve avec face à nous une douzaine de balcons qui renferment à l’intérieur la douce Rosina, objet du désir du Comte Almaviva. Avec en outre une voiture au milieu de la scène, des costumes qui font des personnages les représentants de la banlieue espagnole mais surtout ce « Barracuda Bar » dont les néons rose et noir explosent de kitsch, on se dit vraiment « dans quelle merde me suis-je trouvé ? »

On peut aussi voir que l’opéra Bastille fait un (trop) grand usage de la plaque tournante sous la scène, depuis son acquisition. Aida de Verdi l’année passée donnait déjà le tournis à voir le décor continuellement en rotation, ici le même procédé est utilisé avec réussite (l’entrée de Figaro mérite les applaudissements pour le jeu scénique) mais aussi des ratés (une incompréhension totale des voix à la fin de l’acte I)

Va pour cette mise en scène un peu bouffonne, la première à l’Opéra de Paris pour Damiano Michielleto, avec quelques blagues d’une certaine lourdeur. Entend-on souvent par exemple un rot échapper après l’un des plus beaux airs de l’opéra !

Mais quel dommage pour la musique. La partition n’est pas totalement appropriée par le chef d’orchestre, qui fait une ouverture convenable mais qui aurait pu avoir de plus larges applaudissements (comme les a eu Philippe Jordan pour chacune de ses ouvertures wagnériennes). C’est plat, sans enthousiasme alors que l’ouverture fait logiquement sursauter. Mieux vaut écouter dans ce cas sur Spotify l’ouverture conduite par James Levine !

La suite n’est pas extraordinaire. Certes on sourit, on rit mais on est déçu du chant. Les airs sont pourtant connus, classiques, somptueux si on les chante avec enthousiasme ; mais pourtant on trouve cela trop timide car l’orchestre ne joue pas en grande pompe. C’est pourtant puissant comme opéra, avec des chants gais et qui donc permettent aux interprètes de laisser aller leur voix. Le seul air qui a fait un peu plus vibrer la salle est celui de Berta, personnage secondaire qui ne chante qu’une fois. Le seul mot qui vient à l’esprit du reste de la troupe est « faiblard ».

Bref, le Barbier de Séville était auparavant considéré comme l’un des meilleurs opéras pour commencer à apprécier cet art. Certes il faut rendre à César ce qui est à César : la partition est toujours aussi belle. On aimerait juste que la direction musicale ait choisi plus de puissance et moins de timidité pour s’approprier ce classique de l’opéra-bouffe.

Un dernier conseil personnel : le DVD de la performance de Coline Serreau existe, foncez pour voir et écouter un opéra d’une grande qualité.

Nicolas Thervet

Opera Buffa en deux actes (1816), musique de Giochanino Rossini, livret de Cesare Sterbini d’après la comédie de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Mise en scène : Damiano Michieletto
Direction Musicale : Carlo Montanaro
Place de la Bastille, Paris XIIe (Tél : 01 40 01 19 70). Tarif : de 5€ à 231€
Jusqu’au 4 octobre dans cette distribution.
Du 14 octobre au 3 novembre, avec une autre distribution pour les cinq rôles principaux mais le même chef.

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