Bande de filles – Céline Sciamma

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Bande de Filles de Céline Sciamma

4,5 / 5 Artichauts

Accostée par un groupe de trois filles, qui s’intéressent à elle « parce qu’elle a l’air vénère », Marieme rejoint Lady et ses acolytes, filles indépendantes d’un quartier. Une fois dans ce groupe solidaire, Marieme acquière une forme d’autosuffisance et semble se détacher progressivement de toutes les contraintes qui pesaient sur elle, qu’elles soient vestimentaires ou scolaires.

Comme dans Naissance des pieuvres, Céline Sciamma sait montrer la complexité et la profondeur de sentiments sans tomber dans l’épanchement. La caméra dessine ainsi la fascination qu’exerce Lady sur Marieme. La démarche, le tact de ces filles émerveillent la nouvelle venue qui découvre à travers elles une féminité affirmée. Celle qui au départ contemplait leur danse devient par la suite l’égale de la meneuse.

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On tombe nous aussi sous le charme de ces filles attachantes, drôles et émouvantes. Qu’elles  se retrouvent dans une chambre d’hôtel ou dans la rue, elles se sentent libres, soudées. Elles s’inventent véritablement un univers dont elles édictent les règles. Leur sens de la répartie, leur humour et leur intrépide envie d’exister rendent la première partie du film véritablement euphorique.  En sublimant la beauté de leurs corps, Céline Sciamma souligne la fougue de ces très belles  jeunes femmes émancipées. Elle en tire de très belles scènes cinématographiques, comme cette bataille de danse à la Défense.

L’une des forces du film est de montrer cette réalité sans chercher à la moraliser. On ne montre pas les rapports conflictuels qu’une jeune fille peut entretenir avec ses parents ou avec l’école, mais uniquement sa volonté de trouver son propre chemin. Pas d’autre référentiel que la banlieue donc, dont le film valorise la langue riche de trouvailles et le style streatwear ou bling bling qui participe à la beauté des actrices.

Mais l’euphorie n’a qu’un temps et l’on est vite rattrapé par une réalité qui montre qu’il est bien plus dur pour une jeune fille de s’imposer dans un quartier de banlieue, où la loi est encore dictée par les hommes comme le frère de Marieme. C’est un type qui fait autorité dans son quartier en trafiquant des filles et de la drogue qui lui permet de trouver du travail bon an mal an. Hors de ses amies,  point de réconfort dans ce monde où rien ne lui semble adapté. Même son petit ami, bien plus terne qu’elle, est incapable de lui proposer des solutions conformes à sa débordante vitalité.

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Si la réalisatrice semble s’éloigner de la vie de ces filles pour développer des sujets plus habituellement liés à la banlieue, il faut encore une fois, ne pas chercher à y lire une morale. On peut être moins touchés par ces scènes qui semblent moins percutantes ou originales, mais on n’oublie en rien ces personnalités très fortes qui rayonnent.

Juliette Le Guillou

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