Auteurs à découvrir: Focus sur Ian Mc Ewan

©TheTelegraph

Lundi 5 octobre, Ian Mc Ewan était au théâtre de l’Odéon pour nous parler de son nouveau roman, L’intérêt de l’enfant, paru aux éditions Gallimard. C’est l’occasion de revenir sur une de ses œuvres les plus connues, Amsterdam, pour lequel il reçut le prix Booker.

Au coeur du roman Amsterdam, il y a cette femme, Molly, que la folie a poussé à la déréliction, qui a perdu toutes ses capacités au point d’atteindre une mort indigne, et dont les amants se remémorent le souvenir avec tendresse et pitié. Ensuite, il y a ces hommes tous différents, aux professions, aux préoccupations différentes qui se réunissent pour les funérailles. Entre eux, s’éveillent une animosité sournoise, et une jalousie qui les poussent à se questionner sur ce qu’elle, cette femme merveilleuse, a pu trouver à l’autre, si méprisable. Qu’a-t-elle pu trouver de particulier et de beau en l’autre, qui, en apparence, est détestable en tout point? Et cette idée latente que chacun aurait pu la rendre plus heureuse que l’autre. Molly est le fantôme séditieux du roman, elle hante l’esprit des protagonistes qui l’adorent, qu’ils regrettent et qui les fascine, même après sa mort.

L’un de ses amants est rédacteur en chef d’un journal prestigieux, l’un est un artiste mélancolique, proche du génie, prêt à sacrifier tout pour son art, l’un est un ministre au gouvernement xénophobe et aux pratiques inavouables. Les trois se retrouvent empêtrés dans une histoire dont Molly est à l’origine et qui les entraînent dans un complot diabolique, où leurs intérêts se confrontent, où plusieurs enjeux se mêlent et qui les mènera tous à bafouer des valeurs fondamentales au nom de la réussite professionnelle, de la gloire ou de l’art.

Il y a aussi cette amitié au fil du roman, celle de Clive Linley, le compositeur sombre et Vernon Halliday, le rédacteur en chef, ayant partagé une jeunesse festive mais que les défauts respectifs, les différentes façons de voir le monde et la vie en général, ont fini par opposer. Amsterdam est un roman contemporain, psychologique, et brillamment lucide sur notre société, dans lequel Ian McEwan montre comment les convictions personnelles et les intérêts égoïstes de chacun peuvent triompher des valeurs morales, telles que le respect de l’être humain ou l’amitié. Il va plus loin en illustrant comment l’égoïsme et les convictions mais aussi la jalousie et la colère amènent des êtres humains à commettre des actes d’une cruauté inquiétante.

C’est le thème de la protection de l’enfance dans la Loi qui est abordé dans le nouveau roman de Ian McEwan et sur lequel il s’est entretenu avec nous au théâtre de l’Odéon. Une juge aux affaires familiales, Fiona, se retrouve confrontée à un enfant qui refuse une transfusion sanguine, au nom de convictions religieuses. Ian Mc Ewan évoque premièrement l’intention de briser des clichés conservateurs sur la séparation entre hommes et femmes. « Il y a une sorte d’orthodoxie en littérature qui dit que les femmes sont des expertes de l’émotion, qui vont au cœur des choses tandis que les hommes sont plus rationnels et guidés par l’intellect. Je voulais aller contre cette idée erronée en créant un personnage de femme extrêmement intelligente, et qui a du mal avec les émotions. »

©France Culture

©France Culture

On retrouve dans ce roman la description d’un milieu professionnel. Ian Mcewan, pour aller au cœur des choses se pare volontiers du rôle d’enquêteur en allant sur le terrain. Pour écrire Samedi, roman qui relate le parcours d’un neurochirurgien, il est allé dans les salles d’opération chirurgicales. C’est en assistant à un diner entre juges qu’il a eu l’idée d’écrire L’intérêt de l’enfant.

Un des thèmes du roman est le couple que forme Fiona et son mari. Le couple est un thème récurrent dans les romans de McEwan. Il nous explique que « la relation intime devient un terrain de jeu quand on fait une recherche sur la nature humaine : qui sommes nous ? La façon dont on réussit et dont on échoue à être amoureux prouve qui nous sommes. Le roman est un instrument d’enquête sur l’amour et la fin de l’amour ».

Dans l’Intérêt de l’enfant, il y a une réflexion sur la façon dont le droit britannique gère la religion. « La religion n’est pas un bon guide pour la morale. Quel est le code moral ? Il doit y avoir quelque chose de plus élevé que Dieu lui-même. La loi anglaise respecte les religions mais ne prend pas parti. Quelle est alors la base morale d’une loi laïque ? Sa rationalité, sa logique mais aussi sa

compassion. Ce roman n’est pas une attaque contre la religion, mais plus une réflexion sur ce qu’on a besoin dans une loi laïque pour faire autorité. La Loi va au-delà de la Foi. Ce n’est pas dans l’intérêt d’un enfant d’être mort. ». Ian McEwan se demande ce qui fait autorité dans la Loi mais aussi dans la vie en général. « Les religieux disent qu’on ne peut pas vivre sans transcendance. Mais il y a plein de sources de transcendance : l’amour, le paysage, la nourriture, le vin, les plaisirs de l’âme comme la littérature, la peinture, la musique, tout la panoplie de ce que nous créons pour créer du plaisir et du sens. Nous n’avons pas forcément besoin de surnaturel. »

Marie Trehard

Leave a Reply