Au creux de l’impermanence

Inward Thoughtfulness

En partenariat avec le Musée du Verre de Shanghai et sous le commissariat de Chang Yi, la Galerie Collection dévoile cet automne les œuvres de Loretta H. Yang, pionnière de l’art chinois du verre contemporain.  « Au creux de l’impermanence, un éveil » est une réflexion sur la fragilité de la vie et la quête du sens. L’ancienne actrice taïwanaise nous livre des sculptures monolithiques entre tradition et modernité, revisitant les symboles de la philosophie bouddhiste et la technique, millénaire en Chine, de la pâte de verre (琉璃, liuli).

Les + :

  • La mise en scène est pertinente : l’éclairage et la disposition des pièces permettent de les appréhender sous plusieurs dimensions, chaque point de vue dévoilant un nouveau tableau. Il y a assez peu de sculptures, ce qui laisse le temps de les considérer en profondeur.
  • C’est l’occasion d’observer une technique artistique peu utilisée en Occident et de (re)découvrir la philosophie bouddhiste – autrement que par les textes.

Les – :

  • L’œuvre de Loretta Yang peut sembler difficile d’accès parce qu’elle parle un langage qu’on connaît mal, en relation à des références culturelles orientales. Il est aussi dommage que les idéogrammes apposés sur certaines œuvres ne soient pas traduits.

All is Essentially Formless

All is Essentially Formless, crédits Loretta H. Yang

Par la sculpture du verre, Loretta Yang cherche à saisir tout entière l’essence de la vie humaine. Elle s’inspire des incertitudes soulevées par la philosophie bouddhiste sur l’aboutissement de l’existence et l’avènement de la sérénité. Des visages, « informes, mais pas sans forme », ondoient au travers des blocs de lumière. Découpés, figés sous la transparence du verre, ils semblent voguer vers l’ « éveil » dans une quête visant le dépassement de soi. Ces hommes sans nom se ressemblent et nous ressemblent. « La figure classique de Bouddha est trop limitée. Chacun de nous est un bouddha, affirme Loretta Yang. Je veux dépasser cette représentation rigide et exploiter l’aspect universel du bouddhisme. » Les figures aveugles, sereines et torturées des boddhisattva sont un reflet que le verre nous renvoie immanquablement. Qui, mieux qu’une actrice, peut interpréter l’impermanence de la vie ?, déclare Chang Yi, mari de Loretta Yang et commissaire de l’exposition.

 

The Flower of Meditation Speaks the Truth of Dharma

The Flower of Meditation Speaks the Truth of Dharma, crédits Loretta H. Yang

 

« Je veux faire parler le verre. La matière a tant de choses à dire ! Le verre peut communiquer des sentiments comme le ferait un acteur au cinéma, me confie l’artiste. Aujourd’hui, je ne peux m’exprimer  qu’à travers lui. »

C’est la matière qui donne sens aux sculptures de Loretta Yang. Que peut nous dire le verre ? Il est inconstant et fragile. Les figures se tordent, se cherchent, se déforment et se reforment à l’infini. Le verre paralyse et soulève ; les boddhisattva se meuvent dans l’infinité de la matière invisible. Ils sont silencieux, hésitants et décidés. Le verre est tout à la fois frontière et déploiement, rigidité et dépassement. Il est fluide mais il est un mouvement en suspension. L’instant se fige en lui sans que le temps, qui s’allonge et se resserre d’un lieu à l’autre, soit jamais rompu. L’œuvre de Loretta Yang est un chemin. Elle est une recherche permanente de l’oubli : oubli de soi, oubli de la forme qui permet d’accéder à la conscience illuminée du vide (空).

INFOS

« Loretta H. Yang, au creux de l’impermanence, un éveil », du 18 Septembre au 17 Octobre 2015

Galerie Collection – Ateliers d’Art de France  4, rue de Thorigny – 75003 Paris – M° St-Paul

Site

 

Cléo Schwindenhammer

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