Après la peur, la tentation de l’autre

Queen-Kong-4_670

Armel Roussel revient avec un nouveau spectacle autour duquel gravitent douze formes toutes empreintes de son univers. Ondine (démontée) était à la fois étonnante et bouleversante, et on retrouve le même charme qui avait alors opéré dans cette nouvelle création. Douze parcours, douze univers, douze formes si différentes les unes des autres, et tous rassemblés par Armel Roussel. Nous avons eu la chance de passer trois soirées au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal pour Après la peur, et donc de voir les douze parcours.

Cet-homme---Julia-3_670

Alors que l’on entre dans ce qui sera la salle principale de ce « spectacle déambulatoire », difficile de vraiment savoir à quoi s’attendre. Tous les spectateurs sont excités de participer à cette aventure originale. Théâtre en appartement, parcours en voiture, spectacle dans la salle de répétition, dîner… une multitude de choix s’ouvre à nous, difficile de choisir. On se laisse guider, et on commence avec Queen Kong. Une histoire qui n’est pas vraiment une histoire avec une actrice qui n’est pas vraiment une actrice. On ne le sait pas encore –il fallait laisser décanter le spectacle le temps d’une nuit- mais dans cette errance urbaine se cristallisent ces douze paroles, ces douze formes.

Uiko---La-lune-est-belle-7_670

Après la peur, au fond, c’est apprendre à changer de perspective, à déplacer son regard pour voir cette évidence qu’on ne remarque pas. C’est un exercice de l’imagination, une déambulation dans un territoire connu, et qui est en fait plein de surprises. Voyage au sein d’une relation, teen-movie touchant, expérience poétique de la tristesse, exploration de la mémoire d’un suicidé, promenade hallucinatoire à la recherche d’un être fantasmé… apprendre à appréhender la banalité avec poésie, c’est ce que nous apprend le travail qu’Armel Roussel et son équipe ont mis en place avec brio. Et tout cela avec une simplicité à la fois touchante et frappante. Cette même simplicité qui touche tant dans son Ondine. C’est qui rend ces deux spectacles à la fois brillants et populaires ; indispensables en somme.

La période troublée que nous traversons les rend d’autant plus nécessaires. La peur ; peur de soi, peur de l’autre, peur de la relation qui peut se créer, peur de la relation qui s’est créée. Toutes ces craintes qui minent la vie humaine. Mais après la peur, il y a l’autre, le vrai, et pas cet être que l’on fantasme. L’autre qui est finalement comme nous ; qui aujourd’hui, est seul, comme nous ; et qui a peur, comme nous. Et pour arrêter d’avoir peur il suffit finalement de l’approcher et de l’apprécier tel qu’il est, non pas tel que nous pensons qu’il est. L’idée est simple, ne reste qu’à l’appliquer.

Gilles-et-Larissa---Safari-4_670

Cet autre on le côtoie et le découvre au fil de ces douze « chambres », qui sont tantôt drôles tantôt touchantes, tantôt émouvantes. Toutes sont belles et proposent une expérience différente, permettant à chaque sensibilité de s’y retrouver. A ne manquer sous aucun prétexte.

Bertrand Brie

Après Montréal, Thionville, Bruxelles et Limoges, vous pourrez aller voir quelques uns des parcours proposés à Vanves pour une soirée exceptionnelle.

Leave a Reply