Apollinaire, le regard du poète

Giorgio de Chirico (1888-1978) Portrait (prémonitoire) de Guillaume Apollinaire, 1914 Huile sur toile, 81,5 x 65 cm Paris, Musée National d'Art Moderne -Centre Georges Pompidou © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka © ADAGP, Paris 2016. Service de presse / Musée de l’Orangerie.

Au sous-sol de l’Orangerie, c’est une exposition à l’esthétique étonnante pour le musée qui nous attend. Le caractère exubérant et les amitiés riches en émotions de Guillaume Apollinaire nous font en effet entrer dans un tout autre monde, celui des lignes brutes et des couleurs sans concession. Jusqu’au 18 juillet, plongez-vous non seulement dans la figure iconique du poète, mais aussi dans la perception qu’il avait de son temps étant critique d’art.

 

Dès la première salle, la muséographie, moderne et colorée, nous met face à des objets éclectiques : ouvrages littéraires, souvenirs de famille, dessins intimes ou peintures surdimensionnées… On redécouvre le poète versatile, entre érotisme assumé et sensibilité à fleur de peau. Néanmoins, difficile pour l’Orangerie de se montrer exhaustive quant à une personnalité aussi complexe ; le musée peine parfois à établir une connivence entre les œuvres, au détriment du connaisseur comme du débutant, pour lesquels il devient difficile d’établir un fil directeur.

C’est par la suite qu’on s’attarde sur l’univers artistique d’Apollinaire ; ses amis, ses obsessions, ses perceptions… pour entrer dans la psychologie du critique d’art. Grâce à des explications pertinentes, les rapprochements se font plus aisément. On s’arrêtera quelques minutes devant un film qui va jusqu’à nous faire visiter son appartement Boulevard Saint Germain ; aviez-vous remarqué la plaque au-dessus du Bizuth ?

Marc Chagall (1887-1937) Hommage à Apollinaire, 1913 Huile sur toile, 200,4 × 189,5 cm Eindhoven, Collection van Abbemuseum © Peter Cox, Eindhoven, The Netherlands © ADAGP, Paris 2016. Service de presse / Musée de l’Orangerie.

Marc Chagall (1887-1937) Hommage à Apollinaire, 1913 Huile sur toile, 200,4 × 189,5 cm Eindhoven, Collection van Abbemuseum © Peter Cox, Eindhoven, The Netherlands © ADAGP, Paris 2016. Service de presse / Musée de l’Orangerie.

Le point fort de l’exposition réside en ce panorama inédit qu’elle offre sur le goût pictural de l’époque : cubisme, fauvisme, orphisme, futurisme…. Des vitrines donnent à voir les manifestes de la pléthore de mouvements contemporains d’Apollinaire. Quelques artistes mis en lumière, comme Picasso auquel l’Orangerie dédie une salle, nous permettent d’entrer dans l’intimité de ces hommes d’exception.

Marie Laurencin (1885-1956) Apollinaire et ses amis, dit aussi Une réunion à la campagne, 1909 Huile sur toile, 130 × 194 cm Paris, Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet © ADAGP, Paris 2016. Service de presse / Musée de l’Organgerie.

Marie Laurencin (1885-1956) Apollinaire et ses amis, dit aussi Une réunion à la campagne, 1909 Huile sur toile, 130 × 194 cm Paris, Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet © ADAGP, Paris 2016. Service de presse / Musée de l’Organgerie.

En somme, si l’exposition fait la part belle aux mouvements artistiques début XXème, nous menant à de belles découvertes, on regrette néanmoins que l’âme du littéraire se fasse si discrète. Davantage de poèmes ou d’extraits de romans n’auraient été que bénéfiques pour émouvoir le spectateur. En résulte une succession de salles où les œuvres graphiques s’enchaînent, mais qui manque de liant.

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Guillaume Apollinaire, « La Mandoline, l’Oeillet et le Bambou », calligramme de la série « Etendards », 1914-1915, Paris, Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka

 

Les + : On notera quelques pépites rarement exposées, notamment des Duchamp, des Picasso et des Chirico. Le point fort de l’exposition demeure son intimisme, mis en valeur par la scénographie et les lettres, romans, (trop rares) poèmes qui interviennent en complément des œuvres.

Les – : Le musée semble clairement s’adresser aux initiés, avec une exposition qui, bien que (trop) longue, ne peut être réellement appréciée qu’en complément d’une connaissance déjà poussée des mouvements artistiques de l’époque et de la vie d’Apollinaire. Des salles peu utiles, comme celle sur Paul Guillaume.

Louise Cordier

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