Amphitryon à la Commune d’Aubervilliers

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Sébastien Derrey présente sa nouvelle création à la Commune d’Aubervilliers, en partenariat avec la MC93. Issu d’un parcours résolument tourné vers le texte, Sébastien Derrey fut pendant plus d’une dizaine d’années le dramaturge de Claude Régy ; on sent dans cet Amphitryon qu’il a l’art de mettre le texte à nu. Seulement, si on ne peut que suivre attentivement la pièce de Kleist si habilement éclairée, force est d’admettre que c’est bien là tout ce qui retient l’attention du spectateur.

Amphitryon, capitaine des Thébains, rentre d’une bataille. Alors que son serviteur est chargé d’aller conter ses exploits à sa femme, Alcmène, il est surpris par son propre double. Empêché d’entrer dans le palais, par un homme qui dit être lui, il finit par rebrousser chemin, et rencontre Amphitryon qui ne tarde pas à comprendre que lui aussi est victime d’un sosie suffisamment ressemblant pour qu’Alcmène s’y soit laisser tromper la nuit précédente. Durant tout le récit, la question de la multiplicité des identités, et de la résolution d’une identité en crise est posée. Question qui est se clôt en exposant l’idée que l’amour et la paix avec autrui, et avec soi-même, ne peut parfois être résolue que par une mise en danger de son identité propre.

Photo de Willy Vainqueur

Photo de Willy Vainqueur

Le développement est finement filé tout au long de ces trois heures, et l’on suit avec attention ce qui se déroule sur scène. Seulement, cet attention et cet intérêt purement intellectuel quant aux problématiques développées ne suffit pas à soulever la passion d’un spectateur. La scénographie est simple et efficace, mais certains de ses éléments sont là sans que l’on comprenne vraiment pourquoi (la passerelle notamment), et elle est relativement peu exploitée. Le jeu de lumières du début et celui de la fin qui appuie le dévoilement de l’intrigue en découvrant des néons en fond de scène sont intéressants, mais tout est, le reste du temps, servi par un éclairage blafard. Quant au jeu, si l’on assiste à quelques fulgurances, il est tout à fait hétérogène, et tourne un peu trop à la farce classique durant les passages entre le valet et sa femme.

Si cet Amphitryon intéresse pour son texte, il ne séduit pas, et énerve même parfois. On ressort de ces trois heures avec l’impression d’avoir découvert un texte de Kleist des plus intéressants, rien de plus.

Bertrand Brie

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