Un amour impossible, Christine Angot

Credits photo: L'Express

Chaque semaine, l’Artichaut partage avec vous ses découvertes littéraires du moment. A l’occasion de la rentrée littéraire, votre journal vous fait découvrir Un Amour Impossible, de Christine Angot.

Points positifs: 

  • une dichotomie très gratifiante entre la simplicité du style et la complexité du sujet abordé
  • une analyse sociale passionnante, qui émeut autant qu’elle interroge
  • un beau portrait de relation mère-fille

Points négatifs:

  • Quelques passages à vide
  • Un style parfois un peu sec
Credits photo: Le Monde

Credits photo: Le Monde

Le livre de Christine Angot s’ouvre sur la rencontre de ses parents. Son père, Pierre, est issu d’une famille bourgeoise et travaille comme traducteur pour une base américaine. Sa mère, Rachel, n’est qu’une simple employée de la sécurité sociale. Les deux vont se rencontrer et s’aimer le temps de quelques mois, avant que Pierre ne mette fin à leur idylle, soucieux du fossé social qui les sépare. Christine, leur fille, nait cependant quelques mois plus tard. Si celle-ci développe une relation très forte avec sa mère, elle ne voit que très peu son père, qui finit par la violer. Le livre est avant tout l’histoire de cette déconstruction.

Le roman de Christine Angot est saisissant. De simplicité, d’abord. Pour aborder des sujets aussi complexes que la relation mère-fille, pour décrire avec le plus d’acuité possible les ravages de l’inceste dont elle fut victime, l’auteur égrène ses souvenirs d’enfance dans un style simple, presque sec. Les personnages sont esquissés grâce à des anecdotes, des bribes de dialogues, des extraits de lettres. La figure du père est un exemple parfait de ce procédé. Evoqué en filigrane grâce à des extraits de sa correspondance, le lecteur arrive malgré tout à se représenter le personnage de façon très précise, dans tout ce qu’il a de séduisant et de monstrueux. En effet, l’horreur, chez Christine Angot, se niche dans les détails. Elle se trouve au détour d’une phrase, au creux d’une anecdote. Le thème du silence est d’ailleurs central dans l’œuvre : comment dit-on l’indicible, pourquoi ma mère n’a –t-elle rien dit, pourquoi mon père ne s’est-il pas expliqué, sont autant de questions qui hantent Christine Angot ainsi que son lecteur, pris au piège d’une atmosphère lourde de non-dits.

Les amoureux d’une langue ample et riche risquent cependant d’être déçus. Celle de Angot est brutale, et cherche à retranscrire une forme d’oralité qui vise le réalisme plus que la poésie. L’auteure parvient toutefois, à coup de décalages, de répétitions, d’infimes glissements grammaticaux à imposer au texte sa propre musique interne.
De même, si l’une des grandes qualités du roman tient à sa capacité de faire part avec simplicité d’une expérience aussi traumatique, le lecteur pourra être déçu par certains passages à vide.

La question au cœur du roman reste bien sûr celle de la mère. Aimante, attentionnée, prête à toutes les dévotions, celle-ci ne parvient pas malgré tout à protéger sa fille. Pourquoi ? C’est bien là tout l’intérêt du livre. On essaie de comprendre, aux côtés de l’auteure, ce qui a bien pu se passer pour qu’une femme comme Rachel soit incapable de s’élever contre celui qu’elle a aimé.

Tour à tour analyse sociale et psychologique, le texte parvient à rendre dans toute sa complexité la relation qui lie les deux femmes, faite à la fois de respect, de dévotion et de déception. C’est une lecture qui émeut autant qu’elle interroge, et qui parvient en à peine 300 pages à recouvrir des thèmes aussi vastes que l’amour familial, la question des classes sociales, de l’oubli, du pardon, du bonheur et de la judéité.

A ce titre, le roman se clôt sur un dialogue magistral qui vaut pour lui seul la lecture du livre, puisqu’il fait converger en quelques pages tous les grands questionnements du récit. Si la fin est extrêmement puissante, elle pose cependant un problème. L’auteure prend le lecteur par la main et lui explique la signification de son œuvre, exégèse interne pouvant paraitre un peu forcée. Toutefois, l’acuité du regard d’Angot sur la société et sa capacité à donner au dialogue une dynamique sincère émerveillent le lecteur plus qu’elles ne l’agacent.
Celui-ci sort de la lecture à la fois abasourdi et impressionné.

Nicolas Simon

Un Amour Impossible, Christine Angot, Ed. Flammarion, 218 p., 18 €.

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