American Crime – Violence et Basketball

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Après avoir traité le problème de la violence raciale durant sa première saison, American Crime est de retour avec de nouveaux personnages, un cadre différent mais une intrigue au moins aussi passionnante. Anthologie sociale, American Crime est une série créée par John Ridley – scénariste de 12 Years a Slave – qui dévoile chaque saison une facette des vices d’une société américaine violente, injuste et amère. 

L’intrigue débute alors qu’un étudiant boursier d’un lycée privé d’Indianapolis accuse les membres de l’équipe de basket-ball de l’établissement de l’avoir violé puis d’avoir posé des photos de l’incident sur internet. Fierté de l’école, l’équipe de basketball est composée en majeure partie de riches étudiants et la série évoque ainsi des thèmes tels que les inégalités sociales, l’homophobie ou encore le racisme. 

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On pourrait ainsi rapprocher le propos d’American Crime des mouvement intersectionnels: les inégalités et les discriminations ne sont pas uniques alors qu’on nous présente une société diversifiée mais ségréguée entre riches et pauvres, hommes et femmes, noirs et blancs… Les personnages subissent leur condition, dénoncent leur situation mais l’agressé se révèle dans un autre contexte être l’agresseur. Au fil des épisodes la situation se complexifie et se pose finalement la question de la responsabilité. Sans jamais justifier l’agression la série s’interroge sur la différence entre justifier et excuser. Les motivations des élèves, de leurs parents et des institutions ici en jeu sont complexes mais censées, s’ils agissent contre un autre, effectuent ce qui nous apparait comme une injustice c’est en raison de déterminants sociaux, de leur passé ou encore de leur ambition.

John Ridley nous propose ainsi une vision désabusée de la société américaine: aux Etats-Unis les écoles privées sont la norme et si certains élèves boursiers y sont acceptés ils sont constamment ridiculisés, n’arrivent pas à intégrer un milieu qui se fonde en opposition au leur. Au début de la série le personnage de Felicity Huffman (Desperate Housewives) cherche des investisseurs pour agrandir le lycée privé qu’elle dirige alors qu’il est devenu une entreprise profitable grâce aux succès de l’équipe de basketball. Son travail s’apparente plus à celui de PDG qu’à son rôle de proviseur. Dans cette situation les accusations de viol d’une famille boursière sont perçues comme une attaque à contrôler, un scandale sur le point d’éclater et non comme un drame humain. La gestion de l’affaire se révèle froide, précise et ses conséquences sont tragiques pour la réputation d’étudiants cherchant à intégrer une bonne université, mais aussi pour la réputation d’une entreprise qui doit renvoyer une image positive à ses investisseurs.

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Le microcosme auquel nous nous intéressons rassemble des personnages obsédés par leurs apparence, l’image qu’ils renvoient aux autres et qui leur permet de se développer, de prospérer. Les pom-pom girls veulent être les plus minces, les plus athlétiques, les plus parfaites possibles. Les joueurs de basket-ball sont quant à eux en quête de virilité, de force et des reconnaissance sociale. Cette société qui semble a-priori progressiste à travers le luxe des lieux et les qualités d’expression de ses dirigeants se révèle être finalement extrêmement normée. Le personnage qui semble le plus obsédé par son apparence est toutefois celui qu’interprète Regina King (déjà éblouissante dans The Leftovers), riche femme noire qui refuse de se limiter à sa couleur de peau et surtout d‘être associée à ceux qui le font. Elle est froide, ambitieuse et souhaite que son fils – le capitaine de l’équipe de basket-ball – intègre une prestigieuse université, ne sorte qu’avec des filles recommandables, pas des pauvres qui chercheraient à le voler. Consciente des discriminations dans la société américaine elle refuse pourtant de les accepter en affirmant qu’il faut travailler plus dur, ne pas se limiter à sa condition et s’élever de la masse en renvoyant une image de perfection au reste du monde.

Le thème du racisme était au centre de la première saison qui le traitait de front. Ici, il n’est pas le sujet principal de l’histoire mais est traité comme une donnée inhérente à la situation qui nous est présentée. En effet, John Ridley a choisi de faire de l’homosexualité et du poids des apparences le fil conducteur de cette saison. Alors qu’une agression sexuelle est supposée, les personnages découvrent encore leur sexualité, ne la comprennent pas tout à fait et pour certains ne l’acceptent pas. L’homosexualité et la bisexualité apparaissent comme un obstacle à une quête de perfection et tout particulièrement dans le monde du sport. Sexiste, l’univers sportif l’est envers les femmes qui sont perçues comme objet sexualisé mais également envers les hommes qui ne peuvent se développer qu’en prouvant leur virilité comme le montre le rite de passage de l’équipe de basket-ball: chaque année une soirée est organisée dans laquelle les joueurs doivent trouver une partenaire sexuelle prête à « intégrer l’équipe » et assurer leur reconnaissance en tant que mâle alpha.

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Toutefois la seule dénonciation des inégalités sociales ne fait pas une bonne série, une bonne série se forme autour d’une narration forte, d’acteurs convaincants et d’une réalisation cohérente. Or, si on peut reprocher à American Crime un ton parfois trop sérieux, une ambiance presque hermétique, la série propose des épisodes puissants, une trame passionnante et d’excellentes interprétations. On connaissait le talent de Felicity Huffman (excellente dans le film Transamerica) et de Regina King mais la vraie surprise provient des acteurs interprétant les adolescents: Connor Jessup est juste et émouvant dans le rôle de Taylor Blaine, adolescent possiblement victime d’abus sexuel, tandis que Joey Pollari nous révèle au fil des épisodes les tourments d’Eric Tanner, joueur vedette de l’équipe de football.

Depuis quelques années le cable américain nous a présenté des histoires plus complexes, généralement centrées sur des anti-héros, de The Wire à Breaking Bad. Avec American Crime, la chaine ABC rend la série sociale plus mainstream. Sans gros mots ou nudité on nous présente les failles d’Etats-Unis en mutation. Ici on ne parvient pas à différencier les héros des anti-héros, les « méchants » des « gentils. » car tous la complexité des personnages ne nous permet pas de les enfermer dans une case mais simplement de questionner leurs décisions, leur parcours et leurs objectifs.

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Alors que la moitié des épisodes a été diffusée, la seconde saison d’American Crime s’avère être l’une des séries les plus réussies de cette nouvelle année. Reste à savoir comment se conclura cette affaire pour ses personnages ainsi que pour les spectateurs: une telle série peut-elle faire évoluer les mentalités ?

 

Samy Khoukh

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