Entre ambivalence et chef d’œuvre : la Fondation Louis Vuitton

10805198_10204193339492503_1206812949_n

En plein coeur du Jardin d’acclimatation, à deux pas du bois de Boulogne, tout près de Neuilly, Paris fait place à la fondation Louis Vuitton pour l’Art Contemporain. Censée promouvoir donc une collection contemporaine, il semble que l’édifice dans toute sa substance soit surtout et avant tout une magnifique réalisation architecturale signée Frank Gehry. Itinéraire dune visite pleine de surprises et dambivalence.

Les plus :

  • un espace immense, pas saturé de public, il permet de déambuler librement et de profiter des différents étages et points de vue du bâtiment
  • un espace à la fois intérieur et extérieur rythmé par de magnifiques jeux de lumière et de miroir
  • le dernier étage, rooftop de la fondation avec son panorama sur le quartier des affaires et le bois de Boulogne.
  • la salle des maquettes (exposition Gehry) qui met au jour toute la matrice de construction de l’édifice.

Les moins :

  • une collection d’art contemporain presque inexistante
  • une scénographie intérieure simpliste et minimaliste (trop peu d’information sur la collection et les artistes)
  • un public parfois stéréotypé

Note : exceptionnellement divisée en 2 ! 5 artichauts sur 5 pour l’architecture de la fondation, 2,5 pour la collection d’art contemporain en elle même.

2

             Habitués au bling bling et aux paillettes de la marque, à l’excentricité et au mauvais goût de l’imprimé monogrammé, l’entrée nous surprend déjà : un seul petit sigle tout argenté LV trône au dessus d’un édifice mesuré et futuriste. La sobriété se poursuit dans le hall central aéré, aérien et apaisant où rien ne nous rappelle le style baroque et pompeux Louis Vuitton. Les spectateurs eux ne nous surprennent pas. Ils ont fait la queue pendant des heures (et oui ils n’ont pas tous eu des entrées réservées), ils grouillent dans les lieux, et ils s’exposent comme les maigres oeuvres d’art qui sont présentées. Sous nos yeux, les petits vieux embourgeoisés et endimanchés font face aux hispters lookés et barbus. Les sacs LV se battent en duel avec les pochettes Chanel, bref encore un bel exemple de la démocratisation de l’Art contemporain.

L’art contemporain, parlons-en, le lieu en est censé – sans prétention aucune, le promouvoir. – Une fleur géante, un documentaire contre le réchauffement climatique, une statue d’un homme dans la boue. Bref des oeuvres hétéroclites, presque sans présentation démontrant plus encore que le contemporain n’est que le résultat d’une stratégie de choix parfois un peu élitiste ou politique. Pour cette raison peut être, la fondation Cartier paraît surpasser sa nouvelle rivale. Mention spéciale néanmoins pour la boite à histoire de Boltanski, matérialisation de l’histoire collective.  En quelques secondes, le vomissement des images médiatiques nous étonne et nous glace. C’est aussi une installation où chacun peut participer et mettre un stop à ce déferlement d’image grâce au bouton pressoir installé au centre de la pièce.

1

Si la collection d’art contemporain, ne nous a pas trop ému (on ne l’a pas toujours bien comprise) c’est peut être pour faire briller le talent de l’architecte. Gehry a concocté une structure qui nous coupe le souffle   – un cocon de verre niché dans un espace de verdure. Cette création architecturale a de quoi faire taire les sceptiques et les critiques de l’art contemporain. Elle ne cesse de nous rappeler ce que celui-ci doit à l’architecture. Elle nous fait oublier qu’aujourd’hui, le contemporain rime avec plug anal ou Jeff Koons et on la remercie.

On comprend pourquoi la fondation lui dédit une salle d’exposition toute entière : écrans géants retraçant la construction de l’édifice, maquettes expliquant et mettant en lumière la genèse du bâtiment, l’exposition Gehry est probablement la salle la plus intéressante de la fondation.

4

Au reste, le chef d’oeuvre est architecture. Il est sous nos yeux, constamment. L’alliance des matériaux, des éléments, la dégringolade des échelles et des étages nous éblouissent et nous conduisent sur le toit de l’édifice. La vue panoramique de ce cocon de verre harmonise un espace oxymorique, antithétique. L’étendue du bois de Boulogne et le quartier des affaires teinté de modernité et de conformisme.

Ce bijou de verre surplombe et métamorphose Paris. Grâce à l’artiste américain, notre ville nous apparaît presque new-yorkaise, notre ville paraît faire briller l’architecture contemporaine comme  l’ a fait New-York il y a quelques décennies…

3

Pressez vous vite, c’est à couper le souffle.

 Sarah Laurier

L’Ivresse et le Flacon

Lien page Facebook : https://www.facebook.com/ivresse.flacon?fref=ts

Leave a Reply