Alber Elbaz / Lanvin : manifeste

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La Maison européenne de la photographie présente une nouvelle exposition sur Alber Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin, dans un savant dialogue entre mode et photographie. Décryptage par l’Ivresse (Sciences Po Paris) en partenariat avec l’Artichaut.

 

L’exposition Elbaz ouvre une nouvelle saison d’exposition à la Maison européenne de  la photographie, où les tourbillons du défilé tranchent avec les visages blafards de Stéphane Gizard et les paysages parfois ponctués d’un monochrome statique de Pierre Reimer. Un écho toutefois résonne avec les photos du journaliste reporter ayant photographié les États-Unis, Jean Pierre Laffont. Même si le lien est fortuit, on peut tout de même y voir une même énergie, une même chatoyance des couleurs et une même effervescence.

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Car c’est cela aussi la mode de Lanvin, et le créateur nous propose de nous emmener dans son monde, loin des clichés habituels des photos retouchées des défilés, si lisses qu’elles ne paraissent plus réelles. Ici, l’accent est mis sur des prises de vues dans les backstages, avec « les filles » Lanvin, comme les appellerait sûrement Elbaz, prêtes à monter sur la scène. Mais plus qu’un mouvement, c’est une matière, un tissu, un détail qui est mis en avant, ou plutôt donné à voir d’une nouvelle façon. Il y a comme un déplacement de l’œil du photographe, qui dévoile subrepticement les dessous d’un processus souvent occultés par l’habitude du rendu final.

En effet, après quelques salles consacrées aux défilés hommes et femmes, où la scénographie  nous emmène en plongée dans l’action (les photos sont à notre hauteur, les mannequins semblent marcher avec nous bien qu’elle s’envolent déjà avec grâce et urgence vers les flashs des caméras), une salle plus calme, plus blanche, plus apaisée se présente. Si elle semble plus apaisée ce n’est que grâce à la couleur blanche des murs, mais loin de l’être, elle est en fait un laboratoire, une effervescence, un cerveau en ébullition, celui du créateur qui s’inspire de tout, des femmes, de la ville. Ce moment impalpable, souvent gardé secret, c’est une intimité, c’est un non aboutissement, des projets, des réflexions, qui se présente à nos yeux émerveillés.

 

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L’accrochage reproduit celui des cabines d’essayages : « on s’y croirait ». Et comble de la satisfaction pour quiconque apprécie la maison Lanvin : des modèles spécialement reproduits terminent la visite et démontrent toute la créativité de monsieur Elbaz.

Pas question ici d’une simple plongée dans l’histoire de la maison, même pas quelques indices, cela aurait été beaucoup trop simple pour Elbaz. Il fallait plus, il fallait une effervescente introspection dans un volcan en fusion : celui du monde de Lanvin et de son créateur.  

 

Jusqu’au 31 octobre, ouvert du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45, Maison Européenne de la photographie, 5/7 Rue de Fourcy, 75004 Paris, métro : Saint Paul. Entrée de 4.5 € à 8 € 

http://www.mep-fr.org/

Claire Renauld, vice-présidente de L’Ivresse Sciences Po

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