Al-Zîr Hamlet

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La rencontre entre Al-ZîrSâlem, prince guerrier de l’ante-islam, et Hamlet, héros shakespearien, sur les chemins de la vengeance, entre quête de justice et plongée dans la folie. Toutefois, la brillante idée d’une rencontre entre Orient et Occident autour de ces personnages mythiques peine à prendre vie sur les planches.

Note : 1 artichaut sur 5.

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Le dramaturge et metteur en scène syrien Ramzi Choukaira écrit, en 2002, une pièce nouvelle, pont entre Orient et Occident, à partir d’éléments de la pièce de Shakespeare et l’adaptation du récit siyâr (conte semi oral de la tradition arabe) d’Alfred Faraj, dramaturge égyptien des années soixante.

Si Hamlet, rendu anthologique par la réplique « To be or not to be », ne se présente plus, il est peut être nécessaire pour nos spectateurs parisiens de revenir brièvement sur l’histoire d’Al-Zîr. Un enchaînement d’assassinats ayant pour but premier la vengeance de la mort du père d’Al-Zîr abouti à la mort de son frère aîné, Kulayb. Comme dans Hamlet, le cycle de la vengeance se déchaîne jusqu’à l’absurde. Al-Zîr sombre dans une folie semblable au héros danois de Shakespeare dans la mesure où ce n’est pas tant la mort de l’assassin de son frère qu’il désire, mais le retour à la vie de Kulayb. La frontière ténue avec la folie, la critique du code l’honneur et des alliances consanguines ainsi que le thème de la justice et de la vengeance sont parmi les points communs saillants entre les deux pièces.

Remonter sur les planches le spectacle en 2015 prend éminemment sens au regard de l’actualité. En me rendant à une représentation d’Al-Zîr-Hamlet, j’apportais des attentes, certainement floues et dont la recollection m’est d’autant plus difficile que j’ai à présent vu la pièce. Mais je me souviens avoir porté avec moi l’espoir d’assister à une œuvre qui puisse offrir une alternative éloquente, une expérience à partager contre le discours du « choc des civilisations » qu’on nous sert à longueur de journée dans les médias.

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Finalement, je suis ressortie de la salle de spectacle avec un goût de trop peu, une déception de ne pas avoir réussi à voir une troisième œuvre qui lie véritablement les destins de Hamlet et Al-Zîr. Le croisement des récits est pourtant habilement écrit, évitant les écueils de la superposition de fragments dramaturgiques. Toutefois, le jeu des acteurs, parfois faux, souvent trop extatique empêche de donner pleinement vie à ces personnages aux questionnements universels. Quant à l’unique actrice, il était ambitieux de lui donner à jouer toutes les femmes des deux récits ! Mais pourquoi avoir cantonné son rôle à celui de chanteuse ou d’amante silencieuse ? D’aucun on analysé que c’est un « discours métadramatique (…) qui nous renvoie à nos propres stéréotypes »[1]. J’y vois personnellement le message décevant que, en Orient comme en Occident, la femme reste cantonnée au rôle d’auxiliaire, si ce n’est de figuration.

Al-Zîr Hamlet a eu le mérite de me faire découvrir Al-Zîr, qui est à la culture arabe ce que Hamlet est à la littérature européenne.

Seulement, j’aurais voulu que le théâtre donne corps à une nouvelle forme de rencontre des cultures, dépassant le sens premier du mot de « rencontrer » qui, jusqu’au XVIIe siècle, a signifié « combattre ».

 

[1]http://shakespeare.revues.org/1516

 Astrid Chevreuil

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