Eperdument – Pierre Godeau

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Dans le cadre du partenariat avec le PAF ! (Pôle Art Filmique), un membre de l’équipe vous livre un article sur le cinéma chaque semaine.

Pour son premier film, Pierre Godeau a choisi d’adapter le roman Défense d’aimer de Florent Gonçalves. L’histoire est ambitieuse : l’amour impossible entre une détenue, Anna, et le directeur de sa prison, Jean.

Adèle Exarchopoulos incarne Anna, une jeune femme d’une vingtaine d’année, attendant son procès en prison depuis plusieurs années, venant d’être transférée dans l’établissement de Jean incarné par Guillaume Gallienne. A aucun moment je n’ai vu le personnage d’Anna à l’écran, c’est l’actrice que j’ai vu, jouer son rôle habituel, adoptant le même comportement que dans ses précédents films que ça soit La vie d’Adèle ou Des morceaux de moi. Dans Eperdument, elle semble s’incarner elle-même, mettant en avant sa personnalité, et ne se fond pas dans son personnage, ce qui rend Anna, personnage à la vie on ne peut plus complexe, indiscernable, incompréhensible et inaccessible au spectateur. Face à elle, Guillaume Gallienne rattrape quelque peu le jeu d’actrice de sa partenaire, incarnant, un homme faisant le choix de changer totalement de prisme pris d’un amour soudain. Les deux personnages, portant ce film, ne sont pas assez creusés psychologiquement.

Eperdument est une histoire d’amour, pourtant l’amour n’est pas montré, l’amour n’est ressenti, à aucun moment, par le spectateur. Il survient d’un coup, un plan d’Anna touchant son ventre au retour de son cours de français sur Phèdre, séquence rappelant exactement celle du cours de français de La Vie d’Adèle sur La Princesse de Clèves, les paroles amoureuses de cette femme résonnant en elle. Puis elle écrit un mot au directeur, lui avouant qu’elle pense trop souvent à lui, alors que rien ne fait ressentir au spectateur cette attirance. Il en est de même du côté de Jean, qui reçoit ce mot, le lit, et reste de marbre. La construction du film est claire mais le jeu des acteurs ne laisse transpirer aucune émotion, ce qui rendent les séquences sexuelles dérangeantes tant elles semblent être motivées par la satisfaction d’un besoin et non d’une envie charnelle à caractère amoureux. Des tentatives vaines de montage parallèle essayent de rendre cette attraction claire et lisible, notamment une scène que Jean rêve dans laquelle Anna dessine avec son rouge à lèvre sur le mur de la salle informatique, seul endroit de la prison où le couple peut se retrouver, la vie dont elle rêve avec lui, une maison, fenêtre ouverte sur la mer, le soleil, des enfants. Cette séquence revient plusieurs fois dans le film en parallèle de la réalité. On remarque également un montage parallèle entre la vie de famille de Jean, de plus en plus effilochée, et la vie d’Anna qui n’a que la prison. En revanche, autrement que l’émotion ou même la passion, ce que ces montages incarnent est la dépendance à l’autre, et comment celle-ci, que l’on suppose être amoureuse, va affecter voire détruire leur vie.

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La promesse était belle, Adèle Exarchopoulos et Guillaume Gallienne en couple à l’écran, j’avais hâte de voir. Ma déception a été d’autant plus forte. Le film a sans doute pâti d’une erreur de casting, ou d’une mauvaise direction d’acteur, mais a également perdu de sa valeur par la simplicité de son montage, donnant lieu à des associations assez primaires, peu inventives, à l’exemple du montage parallèle montrant, d’une part, la petite fille de Jean dansant à son spectacle de danse et, d’autre part, Anna avalant les comprimés pour avorter.

Verdict : 1/5 artichauts

 

Chloé Triquet

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