Un ouvrier du regard – François Kollar

Aux sources de l‘énergie. Enseignes lumineuses. Paris
1931
François Kollar
Épreuve gélatino-argentique d‘époque, 13 x 18 cm.
Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet

Entre le 9 février et le 22 mai 2016 , le musée du Jeu de Paume présente trois expositions consacrées à la photographie. L’une d’elle est une rétrospective de l’artiste François Kollar, la première en France. Témoignage unique sur le monde du travail, le Jeu de Paume nous propose de (re)découvrir un photographe exceptionnel.

L’exposition est articulée entre trois parties correspondantes à des périodes et des thèmes bien différents qu’a exploré Kollar. La première représente la période d’expérimentation de l’artiste lors de ses débuts dans le monde de la publicité et de la mode. La seconde, point culminant de l’exposition, est consacrée à « La France travaille » (1931-1934), commande qui lui a été faite par l’Etat pour rendre compte de l’industrialisation française. La dernière est composée de photos de mode mais aussi aux travaux de journalisme industriel postérieur à « La France travaille ».

François Kollar, Bouche du tunnel Sainte-Catherine, Sotteville-lés-Rouen, 1931-1932. Epreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. 16,8 x 22,8 cm. Donation François Kollar, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, © François Kollar

François Kollar, Bouche du tunnel Sainte-Catherine, Sotteville-lés-Rouen, 1931-1932. Epreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. 16,8 x 22,8 cm.
Donation François Kollar, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, © François Kollar

Sans titre

Cette articulation chronologicothématique est accompagnée d’une muséologie intelligente. Chaque partie possède une couleur dédiée (le blanc, le bleu clair puis le gris) qui permet de donner un effet d’évolution dans le temps, mettant en valeur la partie centrale de l’exposition, tout en restant dans un cadre très épuré. Le décor, les cadres et les choix muséologique mettent les photographies, exclusivement noires et blanches, en valeur.

Quant à l’œuvre de Kollar, elle est représentée dans toute sa splendeur. Ses débuts comme photographe de pub et de mode ont une tonalité surréaliste. On pense voir Kiki de Montparnasse dans Etude publicitaire pour « Magic Phona », portrait de Marie Bell en photomontage et on s’extasie devant sa vertigineuse Tour Eiffel.

 La Tour Eiffel vers 1930 François Kollar Tirage gélatine-argentique d‘époque. MNAM/CCI, Centre Pompidou, Paris, inv. AM 2012-3429. Achat grâce au mécénat Yves Rocher, 2011. Ancienne collection Christian Bouqueret

François Kollar, La Tour Eiffel, vers 1930 Tirage gélatine-argentique d‘époque. © MNAM/CCI, Centre Pompidou, Paris, inv. AM 2012-3429. Achat grâce au mécénat Yves Rocher, 2011. Ancienne collection Christian Bouqueret

Étude publicitaire pour "Magic Phono", portrait de Marie Bell en photomontage 1930 François Kollar Superposition de négatifs, donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

Étude publicitaire pour « Magic Phono », portrait de Marie Bell en photomontage
1930 – François Kollar – Superposition de négatifs, donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

En ce qui concerne le point central de l’exposition avec La France travaille (1931-1934), on note un véritable travail sur la représentation des matières et des reliefs dans l’industrie française. Ce témoignage qui, malgré une crise économique particulièrement difficile, devait montrer une France en expansion et en plein essor industriel, mais dont le contexte social et la condition ouvrière, volontairement pas ou peu représentés. Les photographies aux murs sont des originaux, mais on trouve également un diaporama qui nous permet de mieux embrasser le travail de Kollar comme reporter. Les études sur les ouvriers, les matières, les machines sont parfaitement mis en valeur par l’utilisation de lumière. On trouve également des textes qui, à l’origine, accompagnaient les photographies de Kollar (dont certains titres sont des citations entières de ces textes).

Construction des grands paquebots. Rivetage de tôles d‘un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët 1931-1932 François Kollar Épreuve gélatino-argentique d‘époque, 28,9 x 23,5 cm. Donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

François Kollar, Construction des grands paquebots. Rivetage de tôles d‘un pont de navire, ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët 1931-1932 © Donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

La dernière partie est un peu plus confuse. En partie consacrée à la mode et en partie aux reportages industriels « post La France travaille », on aurait préféré voir les photographies dédiée à l’industrialisation de l’AOF (Afrique Occidentale Française) et aux ateliers de l’Union Aéromaritime de Transport, tout de suite après la partie centrale pour mieux apprécier l’évolution du travail de l’artiste mais aussi de l’industrie française. Les photos de mode sont néanmoins très bien réalisées. On appréciera l’originalité des poses et de l’utilisation de la lumière pour mettre en valeur de magnifiques bijoux ou robes de luxe, mais aussi des visages familiers (Coco Channel, Elisa Schiaparelli ou la duchesse de Windsor). On trouve les Harpers’ Bazaar d’époque, magazine pour lequel Kollar a travaillé à la fin de sa vie.

© François Kollar, Escalier chez Chanel, 1937 Épreuve gélatino-argentique d‘époque. Donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

© François Kollar, Escalier chez Chanel, 1937 Épreuve gélatino-argentique d‘époque. Donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

En somme, une très belle exposition dans un très beau décor qui nous permet de voir l’œuvre de François Kollar dans son ensemble. Malgré un petit cafouillage sur la composition des dernières salles, la muséographie est intelligemment réalisée et les supports sont variés, mettant à l’honneur l’œuvre photographique de l’artiste.

Les +++ : La mise en valeur de l’œuvre par le décor, la diversité des supports, la présence des originaux, un véritable hommage à la photographie.

Les — : Une composition peu judicieuse dans la dernière salle

Note : 4 / 5 Artichauts

Alice Morel

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