The Representation Awakens – Master of None & The Carmichael Show

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Aujourd’hui, la question de la couleur de peau semble de plus en plus importante sur la scène publique: un nouveau scandale a émergé à la suite des nominations aux Oscars et des propos de Charlotte Rampling, Julie Delpy ou encore Meryl Streep et Beyoncé a remué le Superbowl en y interprétant son nouveau titre Formation où elle s’implique dans le mouvement #BlackLivesMatter et la dénonciation des violences policières envers les noir-américains. Alors qu’une saison 2 de Master of None vient d’être annoncée pour 2017 et que de nouveaux épisodes du Carmichael Show sont annoncés pour début mars, revenons sur ces deux séries qui traitent – à travers l’humour – les question de la couleur de peau et de la condition des personnes racisées dans les Etats-Unis d’aujourd’hui.

The Carmichael Show et Master of None sont deux séries sorties en 2015, toutes deux créées par des comédiens de stand-up, qui incorporent une grande part de satire sociale dans leurs épisodes. A travers l’humour de Jerrod Carmichael et Aziz Ansari respectivement, elles traitent de sujets sérieux et très actuels comme le mouvement #BlackLivesMatter, l’appropriation culturelle ou encore le harcèlement de rue. A travers les blagues des comédiens, la télévision devient engagée et encourage les téléspectateurs à se questionner sur des persécutions subies quotidiennement par une grande part de la population.

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Master of none suit le quotidien de Dev, un acteur new-yorkais de 30 ans perdu dans sa vie. Ambitieux, drôle et cinéphile, il est à la fois très centré sur son propre bien-être et attaché à des sujets divers et variés tels que la situation critique des personnes âgées, le sort des immigrants et comment dénicher les pâtes les plus délicieuses pour le dîner.

The Carmichael Show est une série inspirée de la vie du comédien Jerrod Camichael, avec sa copine apprentie-psychologue et ses parents envahissants. 

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Le Carmichael Show est malgré ses thèmes progressistes une sitcom traditionnelle, articulée autour de Jerrod et sa famille. C’est alors le décalage entre des parents conservateurs, très croyants – l’excellente Lorreta Devine passe son temps à mentionner Dieu – et leur fils né avec internet, sa copine qui étudie la psychologie qui leur permet de réaliser les problèmes de leur société. Dans un épisode très actuel, toute la famille se fournira en armes – avant de provoquer un inévitable accident – pour en arriver à la conclusion qu’une régulation des armes pourrait être nécessaire aux Etats-Unis.

Plus moderne dans son style – réalisation épurée, chansons françaises, personnages travaillant tous à New-York, dans les arts ou la communication – Master of None est tout autant une satire sociale. Dev (joué par le très bon Aziz Ansari, inoubliable dans Parks and Recreation) est descendant d’immigrants indiens. Des origines qui alimentent le second épisode avec une opposition entre la jeunesse de Dev et celle de son père (joué par son propre père) Le résultat est drôle, émouvant, mais offre surtout un propos extrêmement intéressant sur l’immigration et les difficultés d’adaptation. En faisant jouer ses propres parents (qui apparaissent de nouveau en fin de saison), Aziz Ansari rend l’histoire encore plus réelle et touchante, ce qui est de bon ton pour un thème rarement évoqué à la télévision. De même, le troisième épisode est entièrement consacré à l’appropriation culturelle et à la représentation. Dans une scène, Dev s’entretient avec un producteur de télévision, qui parlant du casting d’une série lui assure qu’il peut engager « un indien, mais pas deux. » C’est la règle. Allant à l’encontre de la représentation traditionnelle, dans Master of None, Dev est ami avec deux indiens, un taïwanais et une lesbienne noire.

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En partie autobiographiques, les deux sitcoms permettent aux premiers concernés de s’exprimer et de dénoncer eux-mêmes les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien. Si le ton reste léger, les thèmes sont forts et essentiels avec les violences policières, les fusillades et le racisme encore trop présents aux Etats-Unis. Jerrod Carmichael et Aziz Ansari poursuivent le travail entrepris dans leurs numéros de stand-ups pour faire prendre conscience le grand public de l’état de leur société. Critiqué pour des programmes au mieux divertissants, au pire débilisants, le genre comique est depuis longtemps l’occasion pour des comédiens de faire avancer les mentalités et d’engendrer un progrès social. On pense à Will and Grace ou encore Ellen pour la représentation des homosexuels, mais également à des séries comme le Cosby Show ou plus récemment Black-Ish pour les noirs, ainsi que la très bonne Fresh Off the Boat, qui n’est que la deuxième série du PAF américain à être centrée sur une famille asiatique.

Pour comprendre une société on peut regarder sa télévision. Il est alors encourageant de voir de telles séries apparaitre sur nos écrans. Bien que relativement confidentielles – Le Carmichael Show a été diffusée en été sur NBC et Master of None étant diffusée sur Netflix, on ne peut connaitre ses chiffres d’audience – elles présentent des personnages issues de minorités visibles, conscients de leur situation qui analysent et critiquent la société dans laquelle ils vivent.

Samy Khoukh

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