Une passion de Werther

WERTHER

Werther revient sur la scène de l’Opéra Bastille dans la mise en scène de Benoît Jacquot, le temps d’une mini­série. Et c’est bien dommage tant la soirée atteint des sommets. Retour sur un Werther d’exception, avec le ténor Piotr Beczala dans le rôle­titre, et la soprano Elina Garança dans le rôle de Charlotte. Werther est un opéra assez peu connu du grand public. Pourtant, il constitue sans doute l’une des oeuvres les plus abouties de Massenet. S’inspirant du roman de Goethe, l’histoire retrace l’amour passionnel qui unit Werther à Charlotte, dont la main est pourtant promise à un certain Albert… La partition laisse deviner les influences wagnériennes du compositeur sans toutefois tomber dans la copie, alternant les airs intimistes avec de grandes effusions mélancoliques. Car Werther est avant tout une oeuvre romantique, et le personnage principal, l’incarnation même du héros romantique: Werther est un artiste, à l’esprit simple et sensible à la nature. Passionnément amoureux de Charlotte qui, tiraillée par le remords, n’ose avouer sa propre attirance pour le jeune homme, il finira par se tuer la nuit de Noël avec les armes que la jeune femme lui a elle­ même données, dans un acte final intense.

La mise en scène de Benoît Jacquot, d’abord produite au Royal Opera House en 2004, puis à l’Opéra de Paris en 2010, marque un passage réussi de la caméra à la scène. La scénographie, qui manque parfois de dynamisme, joue principalement sur la définition des perspectives et le rapport à l’espace: un plan incliné sert de scène durant toute la représentation. Et à mesure que l’amour des deux protagonistes se dévoile, l’espace se restreint, se clôt et devient plus intime. Le deuxième acte, durant lequel Charlotte somme Werther de s’éloigner d’elle pour un long moment, se déroule sur une place publique, ouverte et dégagée tandis que le dernier acte, qui marque l’apogée de leur amour passionnel, se déroule dans la chambre minuscule de Werther.

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La soirée est portée par une affiche exceptionnelle. Piotr Beczala, un des ténors les plus en vogue actuellement, est resplendissant dans le rôle de Werther. Face à lui, la célèbre soprano Elina Garança est tout aussi convaincante dans le rôle de Charlotte. Tous deux forment un couple idéal, auquel s’ajoute un jeu d’acteur minutieux. Ce dernier est particulièrement efficace dans le troisième acte qui constitue le véritable point culminant de la soirée. Les grands airs de l’opéra, dont le fameux lied d’Ossian, sont interprétés avec une impressionnante maîtrise vocale et une grande intensité dramatique. Le public ne s’y trompe pas d’ailleurs en applaudissant très chaleureusement les deux interprètes. On relèvera également, parmi les seconds rôles, la performance remarquable d’Elena Tsallagova dans le rôle de Sophie, la soeur de Charlotte.C’est finalement un petit bijou qui se joue à l’Opéra Bastille, avec une occasion assez rare de voir réunis sur la scène parisienne deux des plus grands chanteurs lyriques actuels. La mise en scène de Benoît Jacquot reste, une dizaine d’années après sa création, toujours aussi splendide et sublime ce qui pourrait être considéré comme le véritable chef ­d’oeuvre de Massenet. Du grand opéra, définitivement.

Christophe Zhang

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