La polémique des Oscars 2016

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Dans le cadre du partenariat avec le PAF ! (Pôle Art Filmique), un membre de l’équipe vous livre un article sur le cinéma chaque semaine.

Pour la deuxième année consécutive, les nominations pour la 88ème cérémonie des Oscars font polémique du fait de leur manque de diversité. Une fois encore, l’Académie des Oscars s’est vue reprocher d’être trop « blanche » : la sélection ne comptant aucun(e) artiste noir(e), là où on attendait au moins des nominations pour Idris Elba dans Breast of No Nation, Will Smith pour Concussion ou encore Michael B. Jordan dans Cread.

Suite à l’annonce des nominations, le jeudi 14 janvier 2016, les réactions de nombreux artistes ne se sont fait attendre. Lupita Nyongo, qui avait reçu l’Oscar du meilleur second rôle en 2014 avec Twelve Years a Slave, a fait part sur Instagram de sa déception et de sa frustration face au manque de diversité, et a exprimé son soutien aux acteurs, qui, comme l’acteur Mark Ruffalo, appelaient au changement. George Clooney n’a pas non plus caché sa frustration. Interrogé par Variety, il a jugé que l’Académie des arts et des sciences du cinéma avait régressé ces dix dernières années en termes de représentation des minorités.

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Par ailleurs, plusieurs artistes ont rendu publique leur décision de boycotter la cérémonie prévue le 28 Février 2016. C’est le cas du réalisateur Spike Lee, qui s’exprimait le Martin Luther King Day, jour férié américain consacrant la naissance du célèbre pasteur, et annonçait qu’il n’assisterait pas à la cérémonie en ajoutant : « Il est plus facile pour un afro-américain d’être président des Etats-Unis que d’être président d’un studio d’Hollywood ».  Jada Pinkett Smith, dont le mari Will Smith était d’ailleurs pressenti pour Concussion (Seul contre tous, en France), a elle aussi a exprimé sur Twitter et Facebook son intention de ne pas assister à la cérémonie.

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Le souffle de contestation lié au manque de diversité de cette sélection n’a pas seulement soufflé sur Hollywood mais a également enflammé le web. Le hashtag « #Oscarssowhite » a été repris par les réseaux sociaux où l’on s’insurgeait contre le manque de diversité de la sélection… Le web a vu des conversations enflammées se tenir, les uns dénonçant le racisme – « subliminal » ou pas – de l’Académie, les autres dénonçant un racisme anti-blanc.

Rappelons que depuis 1929, première édition des Oscars, 16 récompenses ont été attribuées à des artistes noir(e)s. Et c’est en 2002 qu’une actrice afro-américaine reçoit pour la première fois l’Oscar de la meilleure Actrice. Il faut dire que les statistiques de l’Académie des Oscars ne sont guères plus rassurantes : l’organisation compte 93% d’hommes et 76% de blancs…

Et pourtant, est-il question de racisme anti-noir – Quid des minorités asiatiques, hispaniques, arabes ? Encore moins représentées – ou bien la discrimination n’a-t-elle pas lieu en amont, dans la concoction des rôles ? Les rôles sont généralement écrits pour des hommes blancs ; c’est cela la recette qui vend.

Les femmes, comme l’a d’ailleurs fait remarquer Georges Clooney dans son interview chez Variety, se voient quant à elles difficilement proposer des rôles-titres, et encore moins après 40 ans. Ce n’est pas sans rappeler le coup de gueule poussé par l’actrice Patricia Arquette et applaudi par Meryl Streep lors de la 87ème cérémonie, à propos de la disparité des salaires dans l’industrie.

Il y a quelques jours, cette même industrie semble avoir eu un sursaut et a exprimé l’intention de se dépoussiérer. Après un vote unanime, « l’Académie prend des mesures historiques pour augmenter la diversité » notamment en « visant un doublement d’ici 2020 de ses membré féminins ou provenant » de minorités ethniques, selon un communiqué. L’Académie espère ainsi atteindre une représentation des femmes à 48% du total de ses membres et une représentation des minorités ethniques dépassant les 14%.

A cela s’ajoute la fin du droit de vote à vie automatique, remplacé par un droit de vote pour dix ans, renouvelable à condition d’avoir été actif dans l’industrie cinématographique, et transformé en droit de vote à vie après 30 années actives, ou après l’obtention d’un Oscar ou d’une nomination. Cela permettrait de ne pas laisser le vote entre les mains vieillissantes de certains membres non actifs, ou n’étant plus en prise avec le cinéma actuel.

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La question est de savoir si cela sera suffisant. Cela ne peut être bien sûr que positif. Mais il est fort peu probable que cela résoudra le problème de représentation que Hollywood semble toujours avoir connu. La clé qui permet de déverrouiller tous les enjeux de cette polémique est bien le mot « représentation ». Quand on voit Charlotte Rumpling soupirer qu’il s’agit de « racisme anti-blanc », faisant écho à l’opinion de nombreux internautes, et qui ajoutait même sur Europe 1 : « Peut être que les acteurs noirs ne méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite » il y a de quoi s’inquiéter de la compréhension et de l’application du concept de « représentation ». Si les acteurs noirs, si les actrices noires, ou de tout autre minorité du reste, semblent curieusement absents des nominations des Oscars et ce depuis presque 90 ans, ce n’est certainement pas par manque de talent, mais par manque d’opportunités de montrer ce talent. La question qu’il semble judicieux de se poser est : Quid de notre cinéma français ?

Hinda Abdelaoui

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