Le Roi renait, vive le roi !

George Blagden incarne Louis XIV dans Versailles, la Création originale de Canal+

            Versailles, création originale de Canal+, est annoncée depuis des mois comme la série française la plus chère de notre histoire audiovisuelle. Un casting international, les showrunners Simon Mirren (FBI-Portés disparus, Esprits Criminels) et David Wolstencroft (MI-5, The Escape Artist) à la création, le Français Jalil Lespert (Yves Saint-Laurent) à la réalisation, les plus somptueux des châteaux pour décors et un budget de 27 millions d’euros ; tout nous invitait à placer de grands espoirs dans cette nouvelle série française. Diffusée depuis le 16 Novembre, la première saison est-elle à la hauteur de nos attentes ?

“Louis XIV est Roi de France depuis l’âge de quatre ans. Mais d’autres que lui dirigent le pays. Les révoltes répétées de la noblesse l’ont isolé et rendu paranoïaque. Maintenant que sa mère est morte, il va devoir s’emparer des rênes du pouvoir. Sa survie en dépend. Le Pavillon de chasse du Roi. Versailles. 1667.”

La mise en contexte est simple et sobre. Elle annonce pourtant une série riche en faste et en intrigues inextricables. Le choix de 1667 et de la mort d’Anne d’Autriche au commencement de la série est judicieux. Louis XIV n’est pas encore le Roi-Soleil et Versailles n’est alors qu’un pavillon de chasse. Tout est à construire. Et en effet, les premiers pas de la série dévoilent une production en chantier. Entre récit historique, thriller policier, tensions politiques, tourments psychologiques ou intrigues courtisanes, le premier épisode dévoile un scénario confus et plein d’indécisions. Cependant, une fois le décor solidement planté, la série s’affirme et affirme ce qu’elle n’est pas. Versailles n’est pas un documentaire historique, ni le simple récit des petites manigances à la Cour. Versailles est d’abord une superproduction. A grands coups de sexe et de violence, les dix épisodes d’une cinquantaine de minutes s’inspirent visiblement des précédents historiques, de Borgia à The Tudors, ou simplement couronnés de succès, comme Game of Thrones (Toutes proportions gardées). L’objectif de la série est donc d’atteindre un public large -privé d’historiens avides de faits ou de ménagères impatientes de voir la Montespan et La Vallière en découdre- et international.

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Georges Blagden et Noémie Schmidt, Louis XIV et Henriette

Quelle surprise aussi d’entendre la langue de Shakespeare entre les murs de Versailles ! Petite déception pour tous ceux qui voulait chanter Cocorico ! à l’annonce de la série, en partie, française. Cependant, il s’agit d’une moindre concession nécessaire pour voir s’affronter George Blagden et Alexander Vlahos , respectivement dans le costume de Louis XIV et de son frère, Monsieur, Philippe d’Orléans. En effet, une des originalités de l’intrigue est la lumière portée sur la relation entre les deux frères. Les tensions entre les deux hommes sont rendues dans des scènes d’opposition à la fois pleines de puissance et d’immaturité, que leur désaccord porte sur Henriette, femme de Philippe et maîtresse de Louis, ou sur un ridicule petit cheval. Alexander Vlahos, en particulier, est bouleversant dans le rôle de ce frère consumé depuis toujours par la jalousie et l’amertume. Son personnage appelle à l’empathie, malgré des intentions toujours incertaines, il est ainsi le parfait exemple des efforts de la série pour profondément humaniser le Pouvoir royal et lui donner une dimension plus actuelle. Il est difficile de donner une telle envergure à tous les personnages tant ceux-ci sont nombreux, historiques ou totalement fictifs, comme le mystérieux Fabien Marshall, le Limier de Louis XIV ou Claudine, femme médecin du Roi -dont les parcours sont totalement anachroniques mais apportent une certaine actualité à la série-. D’autres personnages vaudraient pourtant la peine qu’on s’y attarde avec le même soin, comme la Reine Marie-Thérèse (Elisa Lawoski) ou Jacques, le jardinier du Roi (Gilly Gilchrist). La préparation d’une saison 2 dès janvier est donc une bonne nouvelle et pourrait permettre à de nouvelles figures de s’aventurer plus près du soleil.

George Blagden (Louis XIV) et Alexander Vlahos (Philippe d'Orléans)

George Blagden (Louis XIV) et Alexander Vlahos (Philippe d’Orléans)

            Confuse à ses débuts, l’intrigue prend forme et se révèle avec de plus en plus de force tout au long des épisodes. Au centre, une construction. Pas celle d’un palais mais celle d’un pouvoir, un pouvoir personnel et absolu ; celui de Louis XIV. Malgré une enfance marquée par la Fronde, contestation violente et sanglante du pouvoir royal, et un profond désarroi suite à la mort de sa mère Anne d’Autriche, Louis XIV ne peut se permettre d’afficher ses faiblesses. Au fond, toute la série se déploie autour de la dualité, du fossé même, entre l’homme, fragile et hésitant, et le Roi, tout-puissant. Pour Jalil Lespert, « Versailles, c’est Louis XIV qui rencontrerait Le Parrain. », et il est vrai que George Blagden dégage parfois quelque chose de très Micheal Corleone, les dentelles et les soieries en plus. Louis XIV doit évoluer dans un environnement qu’il connaît depuis toujours mais découvre à mesure qu’il l’exerce l’envers du pouvoir, fait d’apparences, de faux-semblants et de trahisons au sein même de sa Cour et de son entourage le plus proche. Selon les mots de son jardinier, il devra « paraître faible quand [il] est fort, et fort quand [il] est faible. » et savoir distinguer ses fidèles des traîtres. L’évolution du personnage tout au long de la saison apparaît très clairement et permet au personnage d’acquérir une vraie profondeur qui laisse entrevoir beaucoup de possibilité pour la prochaine saison. C’est le cas également pour la série elle-même ! Les premiers épisodes font preuve de beaucoup de prudence et parfois même d’une certaine hésitation dans les choix de réalisation et, sans signature propre, ils manquent de saveur. Au contraire, les derniers épisodes affichent plus d’audace et ainsi plus d’intensité.

Il semblerait que Versailles ait finalement trouvé son propre souffle, à la fois baroque et percutant, pourvu qu’elle ne le quitte jamais.

Bande-annonce de la saison 1 :

Anaïs ALLE

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