Au revoir, monsieur Bondy…

lucbondy

L’équipe de l’Artichaut souhaitait rendre hommage à Luc Bondy, ainsi qu’à l’éclat et le raffinement de son talent et au souvenir du plaisir éprouvé, dans l’obscurité du théâtre de l’Odéon, au cours de ses spectacles.

Pour les plus jeunes d’entre nous, il s’agit des souvenirs magnifiques d’Ivanov, entre éprouvante tension et noire mélancolie, ou encore d’une Isabelle Huppert virevoltante dans des Fausses Confidences rendues fascinantes. Cependant, lorsqu’il est nommé directeur de l’Odéon – Théâtre de l’Europe en 2012, Luc Bondy a déjà derrière lui une carrière intense, en France mais surtout en Allemagne, pays dont il parlait parfaitement la langue. Né en 1948 à Zurich, fils d’intellectuels juifs (son père est l’écrivain et journaliste François Bondy), Bondy était un immense lecteur, et avait acquiert une vaste connaissance des richesses littéraires de la Mitteleuropa, espace culturel dont il était la parfaite incarnation. Il crée l’effervescence autour de plusieurs de ses spectacles, comme la Mer d’Edward Bond, qu’il crée à Munich en 1973, puis commence à mêler théâtre et opéra. Il en signera finalement seize mis-en-scène, de de Monteverdi à Benjamin Britten, en passant par Verdi et surtout Mozart. Puis il revient en France, dans laquelle il avait passé une partie de son enfance, pour rejoindre Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers, au sein duquel il crée en 1984 « Terre étrangère » d’Arthur Schnitzler, un spectacle qui marquera la décennie ; ceux qui y ont assisté se souviennent encore de cet incroyable match de tennis, se déroulant en filigrane de l’action sur scène.

L’homme qui a quitté ce monde était un artiste raffiné et cultivé, ayant lutté sa vie entière contre les aléas de sa santé fragile, sans jamais cesser de créer. C’est finalement soixante spectacles qu’il a montés en quarante-cinq ans de carrière, ainsi que seize opéras. Mais Luc Bondy était également une personnalité étonnante et détonante, extrêmement prolixe dans son art comme dans sa capacité à faire des blagues, même sur le plateau, même en pleine répétition du tragique Ivanov, lorsqu’une particulièrement marrante lui revenait à l’esprit. Enfantin et imprévisible, il avait par exemple demandé à Micha Lescot d’apprendre à lancer un chapeau melon avec son pied et de le faire retomber sur sa tête, afin de débuter ainsi le spectacle d’Ivanov. Pendant des mois, une heure et demi par jour, à longueur de tutoriaux en tous genres trouvés sur Youtube, Micha s’exerce, et à force de travail finit par réussir ce petit exploit d’habileté. Très fier, il revient vers Luc et lui annonce son succès. Mais Bondy répond : « écoute, c’est bien. Mais j’ai changé d’avis pour Ivanov, on ne commencera pas comme ça. »

Dans une émission d’hommage du Nouveau Rendez-vous de Laurent Goumarre, Laure Adler résume « Luc Bondy portait l’électricité du monde avec lui ». Et Louis Garrel, joint par téléphone, d’ajouter :

« Luc était tellement joyeux qu’il donnait la raison de pourquoi nous sommes en vie »

Marianne Martin

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